Communication au 7ème Congrès sur : Le Corpus d’Archéologie Ottomane dans le monde Fondation Temimi, Tunis

Les minarets sont des éléments signalétiques qui marquent les visages des villes et leurs impriment un caractère authentique. Eléments importants des mosquées qui sont « des témoignages fort intéressants sur les courants artistiques et culturels qui ont traversé le pays »[1], les minarets sont susceptibles de représenter une identité culturelle relative à un temps et un espace donnés qui se manifeste en styles[2] architecturaux.

Malgré leur importance culturelle et historique, et à notre connaissance, les minarets en soi n’ont fait l’objet que de très peu d’études[3]. Quand ils sont abordés par les historiens, c’est essentiellement comme parties des mosquées [4].

Ces études tentent de définir les minarets en leur attribuant à la fois des caractéristiques historiques, plastiques, stylistiques…

Or et même si « le phénomène de la perception (…) s’offre comme un tout d’abord (…) indivis, comme un vécu global » [5], la démarche scientifique ne peut se contenter d’une approche phénoménologique et impose de dissocier des objets d’analyse pour tout objet d’étude.

En effet, « la synthèse de l’appréhension, qui est empirique, doit nécessairement se conformer à la synthèse de l’aperception[6], qui est intellectuelle et entièrement contenue dans la catégorie »[7]. Une décomposition intellectuelle des éléments perçus est susceptible de nous fournir une connaissance qui tend à être objective. Même si l’histoire procure d’importants repères qui aident à une classification des objets, dans l’actuelle recherche nous adoptons un critère transhistorique[8] pour un essai de catégorisation morphologique des minarets dits de ‘style ottoman’. Si les tentatives de classification des œuvres en styles émergent dans les préoccupations des recherches actuelles, les critères qui permettent cette classification demeurent indéfinis : « Le jugement d’attribution requiert la détermination des traits qui peuvent singulariser un œuvre. Dans quelle mesure l’investigation des ces traits peut-elle être théorisée ? Y-a-t-il une science de l’individuel ? Ce sont les questions que se posera une stylistique scientifique »[9].

Nous proposons dans cet article de jeter un éclairage sur les questions du ‘style’[10] de quelques minarets ottomans en adoptant le point de vue de la morphologie . Nous avançons l’hypothèse suivante : les minarets communément connus et classés comme étant des minarets de ‘style ottoman’, n’appartiennent pas nécessairement à la même classe morphologique. S’il existe alors ‘un’ style ottoman , quelles sont ses caractéristiques morphologiques ?

Selon le principe énoncé plus haut tel qu’une connaissance des phénomènes doit procéder par catégorisation afin de simplifier la complexité de ces phénomènes, nous utilisons la méthode d’Analyse Morphologique[11] qui procède à une distinction nécessaire, de l’intrinsèque et l’extrinsèque à la forme.

Développée par le Laboratoire d’Analyse des Formes à Lyon et inspirée du structuralisme, cette méthode se base essentiellement sur la notion de ‘structure’ comme critère premier de classement des formes. Elle permet à un premier niveau d’analyser la forme en tentant compte de ses propriétés intrinsèques et ce indépendamment de son contenu extrinsèque (symbolique, historique, religieux, fonctionnel…) pour assurer une objectivation du matériau d’étude. A un deuxième niveau, cette méthode essaie d’interpréter les différences morphologiques soulevées dans le corpus d’étude en faisant appel au contenu extrinsèque.

 

I-Les hypothèses de l’Analyse morphologique [12] :

Cette méthode s’appuie sur plusieurs hypothèses :

Homogénéité du corpus : ‘La collection sera initialement supposée homogène par la définition de ses spécimens en tant que sorte ou genre de choses, que nous connaissons communément par notre expérience. Si dans notre cas, les spécimens de notre collection ont tous par définition la même identité nominale, rien n’indique a priori qu’ils aient tous la même identité morphologique’.

Discontinuités morphologiques : ‘Les parties du tout sont définissables parce-qu’elles sont délimitées et leurs limites sont perceptibles. Est défini ce qui est délimité’.

Stabilités des relations spatiales : ‘Sont morphologiquement comparables les objets où d’un spécimen à l’autre, la stabilité des relations entre parties est manifeste, de même qu’entre le tout et ses parties’.

-Homologie : ‘Une hypothèse d’homologie est vérifiée par l’observation méthodique de la collection. Elle met en relation de correspondance bijective d’un spécimen à l’autre, partie par partie, chacune des parties de l’objet. Elle dépend donc de la stabilité des relations entre parties observées précédemment’.

Formes élémentaires : ‘Les catalogues des formes élémentaires ne sont que des recueils méthodiques des différentes conformations élémentaires rencontrées sur la collection donnée. Pour les constituer il faudrait vérifier en toute rigueur que la partie dont on enregistre directement la forme est non décomposable à son tour suivant la méthode adoptée. On peut aussi selon un critère moins sévère admettre qu’elle est suffisamment décomposée’.

 

II-Le corpus d’étude :

Par la constitution du corpus, objet d’étude, nous définissons déjà un ‘genre d’objets’ que nous thématisons pour le transformer en objet de connaissance.

Nous définissons la collection[13] (voir Figure 1) des ‘minarets ottomans’ objets artificiels produits par l’homme, comme corpus homogène du point de vue de l’identité nominale. Cette collection n’est certainement ni exhaustive ni totalement représentative du type d’objet ‘minarets ottomans’. Néanmoins, tous ces minarets partagent un paramètre culturel important que nous confrontons par notre recherche aux paramètres géographiques et historiques : existe-il une identité morphologique des minarets ottomans qui a su traverser l’espace et le temps pour se constituer en ‘style’ répondant entre autres à des paramètres esthétiques de l’époque ?

Minarets

S1 : Mosquée du Sultan Sélim à Istanbul, S2 : sainte Sophie de Canstantinople, S3 : grande mosquée de Bizèrte, S4 : Mosquée Kchawa à Alger,

S5 : Mosquée Soulaymanie à Istanbul, S6 : Grande mosquée de Bursa, S7 : Mosquée Sélimiye à Idrine, S8 : Mosquée Yusef Day à Tunis

Fig. 1 : La collection des minaret objets d’étude

 

III-Analyse de la collection :

III.1-Repérage des discontinuités morphologiques :

Les discontinuités morphologiques significatives et manifestes sont apparentes et observées selon leurs limites perceptibles à l’ordre visuel comme étant un ‘changement’ (par exemple de courbure). Cependant, les fragments distinctifs[14] que nous relevons lors du découpage ne correspondent pas nécessairement aux indices significatifs[15] qui sont reconnus par le récepteur en tant que caractéristique signifiante d’un objet quelconque.

Dans un premier temps nous faisons abstraction des identités nominales connues des parties. Comme nous nous basons essentiellement sur les discontinuités morphologiques pour effectuer notre découpage, nous allons nous intéresser non pas aux parties en elle-mêmes mais à ce qui les limite, permettant ainsi de les définir les unes par rapport aux autres[16].

Aussi, dans nos spécimens nous pouvons déceler les discontinuités morphologiques suivantes (voir Figures 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9).

Minarets 2

 

Fig. 2 : S1 : Mosquée du Sultan Sélim à Istanbul

 

 

 

 

 

Minarets 3

 

Fig. 3 : Sainte Sophie de Constantinople            

 

 

 

 

 

Minarets 4

 

Fig. 4 : grande mosquée de Bizèrte    

 

 

 

 

Minarets 5

 

Fig. 5 : Mosquée Ketchawa à Alger 

 

 

 

 

 

 

Minarets 6

 

Fig. 6 : Mosquée Soulaymanie à Istanbul

 

 

 

 

 

Minarets 7

Fig. 7 : Grande mosquée de Bursa

 

 

 

 

  

 

Minarets 8

 

Fig. 8 : Mosquée Sélimiye à Idrine            

 

 

 

 

 

Minarets 9

 

Fig. 9 : Mosquée Yusuf Day à Tunis

 

 

 

 

 

 

III.2-Observation de la disposition des parties des spécimens : repérage des positions spatiales[17] :

Pour déterminer les structures morphologiques des spécimens, nous procédons par comparaison systématique pour déceler les conformités et les différences dans la position spatiale des parties. Nous vérifierons la stabilité des relations entre les différentes parties d’un spécimen à l’autre et aussi entre le tout et ses parties selon l’hypothèse adoptée : sont morphologiquement comparables des objets, où d’un spécimen à l’autre, la stabilité des relations entre parties est manifeste. Ceci nous permet de dégager des structures similaires qui sont décomposables en fragments homologues.

III.3-Détermination des structures des spécimens :

L’étape précédente de notre recherche nous a permi de définir les différentes structures que présentent les spécimens de notre corpus, comme l’indique le Tableau 1.

Capture d’écran 2016-03-02 à 22.15.11

Tab. 1 :Structures des spécimens de la collection d’étude

III.4-Définition des classes :

Selon leurs structures, les spécimens présentent a priori cinq classes morphologiques distinctes. Or en observant les classes définies dans le Tableau2, nous remarquons que la classe IV qui présente une structure ACDEDEDIJ peut être une sous-classe de la classe I dont la structure morphologique est ACDEJ. La classe IV ne diffère de cette dernière que par la répétition des fragments D et E. Les classes peuvent être redéfinies comme l’indique le Tableau 3.

Minarets 10.jpg

Tab. 2 : Définition des classes morphologiques des spécimens

Les spécimens de la collection sont classés en quatre classes morphologiques avec deux sous-classes dans la classe I.

III.5-Catalogue des formes élémentaires :

Le catalogue des formes élémentaires présenté dans le Tableau 4, nous offre une panoplie des variantes plastiques des éléments homologues (qui occupent la même position spatiale d’un spécimen à l’autre). Aussi les spécimens constituent des ‘systèmes de formes’ composés d’agencements (qui définissent la structure morphologique) de formes élémentaires qui se répètent parfois d’un spécimen à l’autre.

 Minarets 11

 Tab. 3 : Catalogue des formes élémentaires de la collection d’étude

Remarque : pour les spécimens S5 et S7, les fragments F et H ne sont autres que le fragment D. Il en est de même pour le fragment G qui n’est autre que le E.

D’après le Tableau 3, il existe plusieurs variantes plastiques pour les fragments homologues .Nous pouvons distinguer pour chaque fragment les variantes suivantes :

-Le fragment A : nous distinguons :

*le triangle isocèle (S1,S2, S5 et S7) avec des variations de taille
*le demi-cercle (S4)
*le ‘composé’ ‘triangle-rectangle’ (S3 et S8)
*le ‘composite’ (S6)

-Le fragment B : contenu dans un seul spécimen S4

-Le fragment C : nous relevons :
*le rectangle oblong 1(S1 et S7)
*le rectangle :
-variante 1 (S2)
-variante 2 (S6)
*le ‘rectangle-carré’ (S4 et S5)

-Le fragment D : tous les spécimens sont différents les uns des autres.

-Le fragment E : nous trouvons :
*le rectangle oblong 2 (S1)
*le rectangle :
-variante 3 (S2 et S6)
-variante 4 (S8)
*le rectangle-carré’ (S5)

-Le fragment F : les deux spécimens sont différents les uns des autres.

-Le fragment G : nous distinguons :
*le carré (S5)
*le rectangle :
-variante 5 (S7)
– variante 6 (S4)

-Le fragment G : les trois spécimens sont différents les uns des autres.

-Le fragment H : les trois spécimens sont différents les uns des autres.

-Le fragment I : nous relevons :
*le rectangle :
– variante 7 (S4)
-variante 8 (S5 et S7)

-Le fragment J :
*le rectangle variante 9
*le ‘composé’ rectangle-trapèze :
-variante 1 (S1)
-variante 2 (S2, S5,S6 et S7)

IV- Essai de mise en évidence des ‘ressemblances’:

Nous remarquons que les fragments A et D sont présents dans tous les spécimens. Ensuite les fragments E et J apparaissent avec une moindre importance. Vient ensuite le fragment C puis I, puis B, G et H.

Le Tableau 4 nous permet une lecture des similarités entre les différents spécimens.

Capture d’écran 2016-03-02 à 22.17.40

Tab. 4 : Degrés de similarité des spécimens

La fréquence d’apparition des fragments peut être expliquée en ayant recours aux paramètres extrinsèques.

 

V- Paramètres extrinsèques et interprétations :

Jusque-là nous nous sommes intéressés aux caractéristiques morphologiques des spécimens en faisant abstraction de toute sorte de contenu. Or une forme architecturale n’est pas seulement une forme plastique. Elle est la synthèse d’un ensemble de paramètres dans un contexte particulier. Au début de notre analyse, nous avons supposé que les spécimens de notre collection sont homogènes du fait qu’ils partagent la même identité nominale ‘minarets ottomans’.

Après avoir appliqués aux spécimens les différentes étapes de l’Analyse Morphologique, nous remarquons que ces spécimens ne partagent guère la même identité morphologique. Ils définissent selon leurs structures quatre classes distinctes .

Dans ce qui suit nous essayons d’interpréter ces résultats .

-Possibilité d’analogie avec le système BFC :

Il est possible que le minaret puisse obéir au système BFC (Base-Fût-Chapiteau) traduisant la structure des colonnes de l’ordre classique[18] qui sont utilisées aussi bien dans l’architecture orientale, celle dite ‘arabo-musulmane’, qu’occidentale à cette époque[19].

Selon cette hypothèse, un minaret peut être constituée de trois parties : Base, Corps et Couronnement. Cette grille de lecture utilisée dans le Tableau 6 nous permet de classer les fragments précédemment relevés en fonction de la position spatiale qu’ils occupent : Base, corps ou Couronnement.

 Minarets 12

Tab. 5 : Catalogue des formes élémentaires, redéfini en fonction de l’hypothèse du système B-F-C

Les fragments A, B et C correspondraient au ‘Couronnement’ et le fragment J à la ‘Base’. Les autres fragments (E, G et I) sont considérés comme partie intégrante du ‘Corps’. Nous nommons les fragments D, F et H des ‘articulations’ parce qu’elles permettent le passage d’un élément à l’autre. Le Couronnement serait constitué de trois parties : sous-couronnement 1 (fragment A), sous-couronnement 2 (fragment B), et sous-couronnement 3 (fragment C). Le corps est composé de : sous-corps 1 (fragment E) , sous-corps 2 (fragment G) et sous-corps 3 (fragment I). Quant à la Base, elle contient un seul fragment : J. Nous notons la présence de parties intermédiaires, les ‘articulations’. Nous soulevons trois articulations : articulation 1 (fragment D), articulation 2 (fragment F) et articulation 3 (fragment H).

La présence des ces parties intermédiaires semble être une caractéristique des minarets ottomans. Contribue-t-elle à la définition du ‘style’ ottoman dans les minarets?

-Possibilité d’explication par la situation géographique :

D’après l’analyse précédente, le minaret de la grande mosquée de Bizèrte (Tunisie) contient le moins de fragments (voir Tableau 7). Vient ensuite celui de la mosquée Yusuf Day à Tunis (Tunisie), celui de la mosquée du Sultan Sélim à Istanbul (Turquie), Grande mosquée de Bursa et Sainte Sophie à Istanbul (Turquie), celui de la mosquée Ketchawa à Alger (Algérie) et enfin ceux des mosquée Sélimyie et Suleymanyie à Istanbul (Turquie).

  Nombre de fragments
Turquie 5 et 9
Tunisie 3 et 4
Algérie 8

Tab. 6 : Le nombre de fragments constitutifs des spécimens, en fonction du paramètre géographique

*Le Maghreb : Nous remarquons que les minarets tunisiens (grande mosquée de Bizèrte et mosquée Yusuf Dey) et algérien (mosquée Ketchawa) à l’époque ottomane n’obéissent pas à la même structure morphologique. En effet, le minaret de Ketchawa présente un nombre plus élevé de fragments ABCDGHIJ et une organisation où les ‘articulations’ jouent un rôle important. Tandis que nous notons pour les deux mosquées tunisiennes des passages plus brusques entre les composants du minarets qui présentent des structures ADE et ADEJ. Notons aussi que la structure du minaret de la grande mosquée de Bizèrte est contenue dans celle de la mosquée de Yusuf Day. D’où la ‘ressemblance’ des structures des deux minarets tunisiens.

Toutefois nous ne pouvons pas parler de sous-classe car le fragment J qui fait la différence entre les deux structures est un fragment distinctif important.

Par ailleurs le minaret de la mosquée Ketchawa semble ressembler, par sa structure morphologique, aux minarets de la Turquie plus qu’à ceux de la Tunisie.

*La Turquie : Les minarets appartenant à la Turquie font partie de la même classe morphologique : classe I. Néanmoins les minarets de la mosquée du Sultan Sélim, Sainte Sophie et la mosquée de Bursa qui obéissent à la structure ACDEJ sont une sous-classe 1 de la classe I. De même ceux de la Suleymanyie et de la Sélimyie présentant une structure ACDEDEDIJ forment la sous-classe 2 de la classe I.

-Possibilité d’explication par rapport à la date de construction : L’hypothèse géographique ne pouvant pas expliquer les différences morphologiques entre les minarets du même espace géographique (exemple de la Turquie pour les sous-classe 1 et 2 de la classe I) nous essayons d’éclairer cette question du point de vue historique.

  XIVè siècle XVè siècle XVI è siècle XVII è siècle XVIIIè siècle
Turquie 5 5 9
Tunisie 3 et 4
Algérie 8

Tab. 7 : Le nombre de fragments constitutifs des spécimens vu en fonction des paramètres historique et géographique

Pour la Turquie (voir Tableau 7), les deux minarets construits au XVIè siècle contiennent plus de fragments que ceux construits au XIVè et XVè siècle.

Pour les minarets de la sous-classe 2 de la classe I (Suleymanyie et Sélémyie) nous remarquons la répétition des fragments D et E. S’agit-il d’une technique constructive ? Ou d’un choix stylistique ?

Nous avons constaté que les fragments A et D sont présents dans tous les spécimens. Ils correspondent au ‘sous-couronnement 1’ et à ‘l’articulation 1’. Seraient-ils des traits distinctifs des minarets édifiés en Turquie à l’époque ottomane ?

Le fragment E apparaît avec une moindre importance. Il correspond au ‘sous-corps 1’. Le fragment J correspond à la ‘Base’. Le fragment C au ‘sous-couronnement 3’ et I au ‘sous-corps 3.

Ensuite apparaissent les fragments B, G et H, occupant les positions consécutives de ‘sous-couronnement 2’, ‘sous-corps 2’ et ‘articulation 3’.

Dans ce qui suit, nous essayons d’expliquer les différences morphologiques soulevées dans les quatre classes constituées par l’Analyse Morphologique de notre collection d’étude.

Spécimens de la classe I :

La classe I (voir Tableau 8) est divisée en deux sous-classes : la sous-classe1 qui obéit à la structure A-C-D-E-J et regroupe les minarets de la mosquée du Sultan Sélim à Istanbul, la grande mosquée de Bursa et la mosquée de Sainte Sophie à Istanbul ; et la sous-classe 2 qui regroupe les minarets de la mosquée Suleymanyie à Istanboul et celui de la mosquée Sélimyie à Idrine et qui a pour structure A-C-D-E-D-E-D-I-J.

Ces cinq mosquées ont en commun le paramètre géographique. Elles appartiennent toutes à la Turquie. Néanmoins, elles sont édifiées à des époques différentes. La grande mosquée de Bursa fût édifiée en 1396 ; Sainte Sophie a été transformée en mosquée en 1453 par l’architecte Sinan sous le règne de Mehemet II, la mosquée du Sultan Sélim a été achevée en 1522; la Suleymanyie a été construite en 1557 et la Sélimyie en 1574 . Bien qu’édifiées sous des règne différents, ces minarets présentent la même structure morphologique. Existe-t-il un choix stylistique dominant qui traversant l’histoire devient dans ces trois périodes comme le style architectural de l’époque ?

Dans la sous-classe 2, nous soulevons la répétition des segments E et D. Cette répétition est un trait distinctif des deux minarets de la Suleymanyie et de la Sélimyie . Sachant que ces deux minarets ont été conçus par le même architecte Sinan, s’agit-il d’un style architectural développé par ce dernier et dont la caractéristique principale est la répétition des fragments D et E, qui se transforment dès lors de traits distinctifs relevés dans la forme en segments pertinents la caractérisant ?

Cette caractéristique stylistique est-elle l’expression personnalisé de cet architecte ? Répond-elle à d’autres paradigmes politico-sociaux dominants[20] à la dite époque ?

A ce stade de la recherche nous ne pouvons pas répondre à ces questions. La confrontation des données léguées par l’architecture avec celles des autres disciplines, notamment celle de l’histoire, l’esthétique, l’histoire des idées politiques…peut nous apporter des éclairages intéressant sur ces questions.

 Minarets 13

Tab. 8 : Spécimens de la classe I

Spécimens de la classe II :

La classe II (voir Tableau 9) présente la structure A-D-E et contient seulement le minaret de la grande mosquée de Bizèrte qui a été construite en 1650. La structure II est très différente de la structure I.

D’une part elle contient moins de fragments et d’autre part le passage du fragment A à D se fait directement sans intermédiaire. Notons aussi l’absence du fragment J qui correspond à l’élément ‘Base’.

Minarets 14Une première conclusion à tirer est qu’en arrivant en Tunisie les ottomans n’ont pas apporté des modèle-types de l’architecture turque qu’ils ont imposé à la culture locale. Il semble que le processus de référenciation architecturale est tout autre : dialogue avec le local surtout si nous savons que les amin al-biana[21] à l’époque ottomane étaient de différentes origines ethniques.

Tab. 9 : Spécimens de la classe II

 

Spécimens de la classe III :

Minarets 15La classe III (voir tableau 10) a pour structure A-B-C-D-G-H-I-J et contient le minaret de la mosquée Ketchawa à Alger (1794). C’est la seule parmi les autres structures qui contient le fragment B, élément de passage entre A et C. L’articulation des parties est ainsi apparente et la transition entre les composantes du minaret est marquée. Le fragment B est alors un fragment distinctif de ce spécimen. Peut-il être l’expression d’un certain style architectural à Alger, à cette époque ?

                                   Tab. 10 : Spécimens de la classe III

Spécimens de la classe IV:

La classe IV (voir Tableau 11) a pour structure A-D-E-J et contient le minaret de la mosquée Yusuf Day à Tunis (1614). Cette structure ressemble dans ses fragments et leurs relations spatiales à la classe II, celle de la grande mosquée de Bizèrte. Là haut, nous avons expliqué cette ressemblance par l’appartenance de ces deux mosquées à la même aire géographique qu’est la Tunisie.

Minarets 16

Une question relative à la référence en Tunisie à l’architecture locale à l’époque ottomane se pose. Pour les minarets tunisiens édifiés à l’époque ottomane, quels sont les éléments hérités des traditions locales et quels sont ceux qui ont été apportés par les ottomans ?

En tant que forme de plan, les historiens attestent que la forme octogonale a été apportée en Tunisie par les ottomans avec l’apport du rite hanifite à Tunis. De même la galerie (qui correspondrait au fragment D) serait elle aussi d’origine ottomane. Mais qu’en est-il des autres fragments et leurs caractéristiques morphologiques (rapport de proportion, position spatiale…) et décoratives (références stylistiques..) à l’époque ottomane?

Tab. 11 : Spécimens de la classe IV

 

Conclusion :

Après l’analyse, il s’avère que les objets de notre collection et qui ont la même identité nominale, celle de ‘minarets ottomans’, n’ont pas la même identité morphologique. Les spécimens de notre collection constituent quatre classes morphologiques distinctes. S’agit-il de quatre styles singularisés qui s’opposent de ce fait à l’hypothèse d’existence d’un unique style collectif ottoman?

Nous avons pu par le biais de la comparaison systématique[22] des spécimens constituer le catalogue des formes élémentaires qui sont caractérisées par des variations plastiques à l’intérieur de la même classe.

Ces systèmes caractérisés par des propriétés intrinsèques (propres à l’objet et émanant de sa forme) et des propriétés extrinsèques, mettent en évidence des systèmes de relation qui relient les différents segments du même spécimen et caractérisent aussi les relations d’homologie entre les fragments occupant les mêmes positions spatiales d’un spécimen à l’autre.

La structure de base de cette collection serait AD, que nous retrouvons comme structure minimale récurrente dans tous les spécimens mais que nous ne retrouvons pas en soi dans aucun spécimen. Est-elle sous-jacente à l’éventuelle caractérisation d’un ‘style ottoman’? La structure que nous retrouvons en 2ème ordre est ADEJ. Elle correspond à la structure du minaret de la mosquée Yusuf Day à Tunis . Au 3ème ordre nous trouvons ACDEJ, correspondant aux minarets de la mosquée du Sultan Sélim, celle de Sainte Sophie et la grande mosquée de Bursa. Ceci nous permet-il de classer ces spécimens comme prototypes du style ottoman des minarets de la Turquie?

Nous avons remarqué pour la sous-classe 2 de la Classe I que les spécimens présentent des traits qui les distinguent des autres spécimens de la même classe (celui de la répétition des fragments D et E). Sommes-nous ici devant un cas de ‘transgression des règles’ par Sinan qui constitue une ‘individuation du style’ collectif ottoman [23]?

Malgré le nombre restreint de spécimens de notre collection l’analyse Morphologique nous a permis de poser des hypothèses quant processus de référenciation et les tendances stylistiques des architectures de la capitale de l’empire ottoman et ses provinces. L’élargissement du corpus s’avère nécessaire pour la confirmation ou l’infirmation de ces hypothèses.

Cette piste nous semble prometteuse en matière de recherche sur la question du ‘style’ en architecture en général et l’architecture dite ‘ottomane’ en particulier.

Références bibliographiques

Ouvrages ou monographies

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Articles

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« Manara », article, Encyclopédie de l’Islam

Thèses

Chakroun L., L’idée d’identité dans les discours des architectes en Tunisie Cas d’étude : L’architecte Taoufik Ben Hadid, Mastère Architecture sous la direction du Dr Ben Saci A., ENAU, Tunis, 2004-2005, 184 p

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Annexes

Minarets 17

Ph. 1 : la mosquée Süleymanyie ; Istanbul (Source : Architecture islamique [24], p331)

 

 

Minarets 18

 

Ph. 2 : Mosquée Sélimyie, Idrine (Source : Architecture islamique [25], p334)

 

 Minarets 19

 

 

 

 Ph. 3 : La mosquée Yusuf day à Tunis (Source : Archibat N°4 [26], p85)

 

 Minarets 20

 

 

Ph. 4 : la mosquée du Sultan Sélim à Istanbul (Source : Canstantinople : de Byzance à Istanbul [27], p334)

Minarets 21

Ph. 5 : la Grande mosquée de Bizèrte (Source : Ifriqya : treize siècles d’art et d’architecture en Tunisie [28], p123)

 

 

 

Notes

[1]Saadaoui A., « la mosquée tunisienne à l’époque ottomane » in Corpus d’archéologie ottomane, actes du 1ercolloque international, réunis et préfacés par prof Temimi A., Zaghouan, FTERSI, , 1997, 262 p, pp-107-145, p107.

[2]La notion de ‘style’ est bien complexe. Elle désigne aujourd’hui à la fois le système des moyens et des règles de prduction d’une œuvre mais aussi une qualité ou propriété de cette œuvre ou de son auteur. Voir : Dufrenne M., « Style », Encyclopédie Universalis 3, Paris, 1997.

[3]Nous pouvons citer : Ibn Al-Khouja M., Tarikh ma’alim Al-Tawhid fi-l-qadim wal fi-l-jadid, Beyrouth, Dar Al-Gharb Al-Islami, 1985, 423 p ; Doutté E., « Les minarets et l’appel à la prière », Revue Africaine, vol 43, 1899, pp-339-349, Lammens H., « Phares, minarets, clochers et mosquées, leur origine, leur architecture », Revue des Questions Historiques, nouvelle série, XLXI (XC), 1911, pp-5-21 ; Daami L., Les minarets de la médina de Tunis, DEA Patrimoine et Archéologie, sous la direction de Mahfoudh F., Tunis, Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, 2002-2003, 250 p ; et « Manara », article, Encyclopédie de l’Islam.

[4]Voir : Golvin L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, Tome I, Paris, Klincksieck, 1970, 282 p ; Papadopoulo, L’islam et l’art musulman, Paris,D’art Lucien Mazenod, 1976, 611 p ; Saadaoui A., Tunis ville ottomane : trois siècle d’urbanisation et d’architecture, Tunis, CPU, 2001, 472 p ; Saadaoui A., « La mosquée tunisienne à l’époque ottomane », Op.cit, pp-107-145.

[5]Kant, in Critique de la raison pure, cité par Cassirer E., La Philosophie des formes symboliques, tome 3 : La phénoménologie de la connaissance, Minuit, Paris, 1972, 612 p, p 22.

[6]Le terme ‘Aperception’ est difficile à définir. Il acquiert pour les différentes disciplines (psychologie, philosophie,…etc) des sens différents voire même parfois contradictoires. Cependant le dictionnaire Larousse définit le terme en tant que « fait de saisir intellectuellement un objet ».

[7]Kant, in Critique de la raison pure, cité par Cassirer E., La Philosophie des formes symboliques, tome3 : La phénoménologie de la connaissance, Minuit, Paris, 1972, 612 p, p 22.

[8]Nous reprenons le terme employé par Dufrenne M., « Style », Encyclopédie Universalis 3, Paris, 1997.

[9]Ibid. Les critères qui permettent la classification des œuvres en classes de style demeurent aujourd’hui mal défini.

[10]Aborder le ‘style’ amène nécessairement à la question de ‘l’identité’. Le Laboratoire d’Analyse des Formes à l’école d’architecture de Lyon distingue : l’identité numérique (deux choses différentes ayant la même forme), l’identité nominale (deux choses différentes ayant le même nom) et l’identité morphologique (deux choses ayant la même morphologie). Cette dernière est d’ordre intellectuel et c’est celle qui nous intéresse dans la présente communication. D’après Duprat B., « Etudes des conformations architecturales », cours de 1ère année Mastère, Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis, 2002-2003. Sur « l’identité », voir aussi : Gil. F, Tap et Sindzingre. N, Identité, Encyclopédie Universalis III, Paris 1997

[11]Nous nous référons à Duprat B. et Paulin M. , Le système de la façade et de la baie : maisons à loyer urbaines du XIXè siècle, Laboratoire d’Analyse des formes, Ecole d’architecture de Lyon, 1995, 374p.

[12]Telles que formulée par Duprat B., « Etudes des conformations architecturales », cours de 1ère année Mastère, Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis, 2002-2003.

[13]Les dessins ont été élaborés en référence à Delius P., et Hattstein M., Arts et civilisations de l’Islam, Könemann, Cologne, 2000, 639 p et Saadaoui A., Tunis ville ottomane : trois siècle d’urbanisation et d’architecture, op.cit ; Ifriqya : treize siècles d’art et d’architecture en Tunisie, ouvrage collectif, préface par Eva Schubert, Demeter Edisud, Tunis, 2000,310p.

[14]Partie jugée suffisamment découpée pour être considérée comme fragment. Il est distinctif du fait qu’il est repérable et caractérise la forme à laquelle il correspond.

[15]Le fragment distinctif se transforme par un processus de sémiose en segment pertinent ou indice significatif. Il l’est par rapport à un récepteur dans un contexte culturel donné.

[16]Nous choisissons les parties les plus démarquées pour permettre un découpage le moins fragmenté possible.

[17]La relation de la position spatiale au contenu peut être d’ordre fonctionnel, mécanique, symbolique,..Cependant il faut distinguer les propriétés plastiques ( rapport des dimensions, formes,..) de la structure elle même qui se base sur l’idée d’invariant qui fait que cet objet, dans ce cas le minaret ottoman, soit celui-ci et non pas un autre.

[18]L’ordre classique a été d’abord constitué de trois types de colonne : dorique, ionique et corinthien. Plus tard, ont été ajoutés deux autres types : toscan et composite..

[19]En effet le système BFC est reconnu comme un système de base pour l’architecture classique se référant à l’anthropomorphisme. Aussi la comparaison d’une souche de cheminée et d’une colonne devient légitime selon ce système. Voir : Duprat B. et paulin M. , Le système de la façade et de la baie : maisons à loyer urbaines du XIXè siècle, Laboratoire d’Analyse des formes, Ecole d’architecture de Lyon, 1995, 374 p, p 6 .

[20]Dans notre mémoire de Mastère, nous avons relevé dans discours des architectes lors des grands concours d’architecture des idées d’identité véhiculées dans les discours, répondent directement à un paradigme politique dominant. Celui-ci est lui même lié à d’autres paramètres sociaux, religieux ,…Voir : Chakroun L. , L’idée d’identité dans les discours des architectes en Tunisie Cas d’étude : L’architecte Taoufik Ben Hadid, Mastère Architecture sous la direction du Dr Ben Saci A. , ENAU, Tunis, 2004-2005, 184 p.

[21]A cette époque, l’architecte s’appelait amin al-bina.

[22]La comparaison systématique est ici utilisé uniquement comme outil d’analyse.

[23] « L’individuation du style en effet n’implique pas nécessairement la subversion des règles, mais au moins un certains degrè de liberté dans la façon de les assumer ». il sagit en effet de conjuguer « tradition et invention, sinon apprentissage et révolte ». Nous nous référons à Dufrenne M., « Style », op.cit.

[24] Hoag J.D., Architecture islamique, Berger-Levrault, Paris, 1982, 422 p.p 331.

[25] Ibid, p 334.

[26] Archibat N°4, Juin 2000, p85.

[27] Yerasimos S.,Canstantinople : de Byzance à Istanbul, Place des victoires, Paris, 2000, 399p, p47.

[28]Saadaoui A., « Les Andalous », in Cycle international d’Expositions Musée Sans Frontières : L’art islamique, Ifriqya : treize siècles d’art et d’architecture en Tunisie, Edisud, Ministère de la culture,Tunis, 2000, 310 p , p123.

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