Apostasie et Blasphème au Moyen Orient et en Asie du Sud :

Revendications et Implications socio-politiques et juridiques

 A propos du projet

L’apostasie et le blasphème sont au Moyen Orient et en Asie du Sud des sujets qui provoquent régulièrement des mouvements dans les différentes sphères sociales, politiques, économiques et juridiques des pays de la région. Tradition pour les uns, instrument politique pour les autres, le blasphème est devenu un enjeu de taille dans la région, et même au-delà, durant ces dernières années, car étroitement lié à trois phénomènes majeurs qui ont façonné la modernité dans cette aire géographique du monde : (a) le rejet de la sécularisation et de la subordination de la liberté de croyance à la liberté d’expression ; (b) le développement de nationalismes ethnico-religieux et, par conséquence, (c) la remise en question du pluralisme culturel et religieux.

Dans ce contexte, force est de constater que les lois sur le blasphème sanctionnent essentiellement les minorités religieuses, ethniques et linguistiques, certes à des degrés divers, selon les contextes nationaux. En effet, le cadre juridique international reste, pour sa part, malheureusement encore trop flou sur le sujet. Ainsi, la Déclaration sur l’élimination de toutes formes d’intolérance et de discrimination sur la religion ou la conviction (Res. 36/55 du 25 novembre 1981), stipule bel et bien que « la discrimination entre les êtres humains pour des motifs de religion ou de conviction constitue une offense à la dignité humaine et un désaveu des principes de la Charte des Nations Unies et doit être condamnée comme une violation des droits de l’homme et des libertés fondamentales proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme » (Art. 4\ §1), mais elle ne mentionne pas la discrimination du dogme. Toutefois, c’est bien sur cet aspect sacré du dogme qu’a insisté l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI)  lorsqu’elle est parvenue à faire voter le 26 mars 2007, au sein du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU, une résolution sur la lutte contre la diffamation des religions, dont les principales victimes sont là-encore les minorités.

Il faut cependant rester prudent lorsqu’il s’agit d’analyser le positionnement des minorités sur la question du blasphème, car, il aussi, reste pour le moins ambigu et sujet aux stratégies des acteurs. A titre d’exemple, on peut citer le positionnement du Patriarche libanais maronite, Mgr. Béchara Raï, qui n’avait pas hésité, en 2012, de joindre sa voix à celle des communautés chiites et sunnites pour exiger de l’ONU la condamnation de tout acte blasphématoire, une position qui ne peut se comprendre en dehors des stratégies d’acteurs inhérentes au contexte communautaire libanais.

Plus encore, le concept de minorité soulève en lui-même des questions d’ordre ontologique et épistémologique, et nécessiterait un réel travail de typologisation. En effet, force est de constater qu’une minorité numérique dans une société donnée n’est pas la même chose qu’une minorité sociologique (Simon, 2006:149 sqq.), même si les deux catégories peuvent converger dans le cas de certains groupes minoritaires.

 

Tout ceci montre bien la particularité des lois contre le blasphème qui repose sur leur application dans des contextes politiques et juridiques nationaux très divers, ce qui rend un traitement global du sujet particulièrement difficile, voire improbable. C’est pour cette raison, que nous proposons de mener une étude comparative et transdisciplinaire sur le sujet du blasphème en étudiant ses différents aspects épistémologiques, historiques, juridiques et socio-politiques dans quatre pays du Moyen Orient (par exemple : Arabie Saoudite, Egypte, Israël, Iran) et en Asie du Sud (par exemple : Pakistan, Indonésie, Bangladesh, Birmanie). La sélection des pays pour les études de cas n’étant pas arrêtée, nous restons ouverts à d’autres suggestions.

 

Contributions

Pour réaliser cet ouvrage, nous faisons appel à des chercheurs en sciences sociales, des politologues et des juristes qui seraient intéressés à fournir une contribution en forme de chapitre d’ouvrage ne dépassant pas les 30,000 à 35,000 signes (environ 15 pages, TNR 12, Citations MLA).

Pour la première partie de l’ouvrage, nous sollicitons des contributions plutôt théoriques, traitant du concept de blasphème, de son histoire, mais aussi de sa réinvention et de sa « mise à jour ».

Pour la deuxième partie de l’ouvrage, nous cherchons des contributions qui analysent le phénomène dans un des pays susmentionnés (études pays). Afin de permettre une approche comparative des études pays réalisées, les auteurs seront priés de couvrir dans leur chapitre les points suivants :

  1. Rappels historiques du pays par rapport au phénomène du blasphème et du pluralisme
  2. Les faits empiriques (incidents recensés ou connus)
  3. Le cadre juridique national et la position des autorités publiques
  4. Respect ou le non-respect du cadre juridique international
  5. Perspectives

 

Deadline

La date limite pour l’envoi des propositions : 19 Octobre 2015

Les propositions sont à envoyer à : isabel.ruck@sciencespo.fr et asifarif.avocat@gmail.com

Isabel Ruck est Doctorante et Maître de conférences à Sciences Po. Paris. Ses travaux portent sur les implications en politique des transformations de la religion et de la culture dans le cas libanais. Isabel est également associée à l’Observatoire Pharos qui œuvre pour la préservation du pluralisme culturel et religieux.

Asif Arif est Avocat au Barreau de Paris et intervenant ponctuel en Libertés Publiques à l’Ascencia Business School. Asif est Directeur du site internet Cultures & Croyances et Directeur de la collection « Religions & Laïcités » chez l’éditeur L’Harmattan. Asif est l’auteur de l’ouvrage L’Ahmadiyya : un islam interdit – Histoire et persécutions d’une minorité au Pakistan aux éditions l’Harmattan.

 

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