Par David Rigoulet-Roze

Cet article est une actualisation de l’article publié par l’auteur sur le site de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) en juillet 2014.

Durant les dernières années de son règne, feu le roi Abdallah b.[1] Abdulaziz Ibn Saoud[2], décédé le 23 janvier 2015, s’était efforcé de profiter de son statut de souverain pour essayer d’imposer certains proches à certaines fonctions essentielles du système saoudien. Cela avait donné lieu à plusieurs changements de position de personnes réputées d’importance majeure au sein du régime saoudien intervenus successivement, au cours de l’année 2014.

Le premier avait eu lieu avec la désignation par décret royal, le 27 mars 2014, du prince Mouqrin b. Abdulaziz Ibn Saoud, un demi-frère ou « frère consanguin » – c’est-à-dire né du même père, en l’occurrence Abdulaziz Ibn Saoud, en référence à l’ancêtre éponyme du XVIIIe siècle, Muhammad Ier b. Saoud b. Mouqrin Al Saoud, mais né Akh minal ab (« d’une mère différente ») -, de l’actuel roi Abdallah b. Abdulaziz Ibn Saoud, en tant que Vice-prince héritier (VPH) du wali al haad (« Prince héritier » en titre). A 68 ans, il est aujourd’hui le plus jeune des fils encore vivants du roi fondateur. Cela impliquait théoriquement que le prince Mouqrin était appelé à devenir PH à la suite de celui qui n’était encore que le PH, en l’occurrence le prince Salman – également un « frère consanguin » – lorsque ce dernier serait appelé à succéder à Abdallah, lequel avait sans doute jugé nécessaire de verrouiller cet ordre de succession en créant un  vice-prince héritier, une première dans l’histoire du royaume. Selon ledit décret royal, le prince Mouqrin serait proclamé roi « en cas de vacance simultanée aux postes de PH et de roi ». Le décret précisait encore que la décision royale « irrévocable et ne pouvait en aucune manière être modifiée ou remaniée ou interprétée par quiconque ». La conséquence du caractère irrévocable du décret royal résidait notamment dans le fait que Salman se voyait privé à l’avance du choix de son propre PH, tant il paraît impossible, en cas de son accession au trône – ce qui est désormais le cas – qu’il le remette en cause.

Quelques jours avant sa publication officielle, cette décision de feu le roi Abdallah avait étrangement été anticipée par les réseaux sociaux, dont la jeunesse saoudienne est familière. Le royaume saoudien est le pays du monde qui détient le record mondial de l’utilisation de twitter, notamment avec le twitter anonyme @mujtahidd connu sous le nom de The diligent ou The authority, qui a revendiqué près de 1.5 million de followers en mars 2014 ou encore le twitter Tafshan @9afshan. Ils avaient abondamment relayé la nouvelle de la nomination du prince Mouqrin au poste de VPH et les rumeurs sur l’état de santé défaillant de feu le roi Abdallah. Ce dernier aurait ainsi pris soin de faire valider sa décision par le « Conseil d’allégeance » de la famille royal dirigé par le prince Mishaal b. Abdulaziz Ibn Saoud (88 ans), lequel Conseil (que l’on dit composé de 15 fils du roi fondateur et de 19 petit-fils) est censé prendre en compte les intérêts de la trentaine de lignées constitutives de la famille régnante Al Saoud et est théoriquement en mesure de rejeter le nom proposé par le roi comme « prince héritier » (PH). Cette validation de la décision royale aurait obtenu les suffrages de plus des trois quarts de ses membres, ce qui signifie – en contrepoint – qu’une forte minorité s’y serait opposée. Cette opposition ne tiendrait pas aux compétences du prince Mouqrin. Ancien pilote de F-15 formé au Royaume-Uni, chef des services de renseignements (entre 2005 et 2012), il a été gouverneur des provinces de Haïl et de Médine. Il dispose donc de toutes les qualifications communément requises pour devenir un futur roi s’il n’y avait un lignage jugé problématique puisque sa mère Baraka, d’origine yéménite, aurait été au pire une esclave, au mieux une simple concubine, et non l’une de la vingtaine d’épouses « légitimes » du roi Ibn Saoud. Il ne fait guère de doute que, comme le vote au sein du « Conseil d’allégeance » semble le laisser enser, les luttes d’influence font et feront rage davantage encore pour savoir qui s’imposera après lui.

Dans cette configuration incertaine, cette désignation inédite d’un VPH avait été suivie de peu du retrait officialisé le 15 avril 2014 par décret du roi Abdallah, du neveu de ce dernier, à savoir le prince Bandar b. Sultan b. Abdulaziz Ibn Saoud (65 ans), du poste très sensible de chef d’Al Mukhabarat Al A’amah, plus connus sous l’acronyme anglo-saxon General Intelligence Directorate/GID (soit les services secrets saoudiens). Un poste qu’avait d’ailleurs précédemment occupé le prince Mouqrin avant que ce dernier ne le transmît au prince Bandar, par ailleurs neveu du prince Mouqrin. Tout l’enjeu consistait à évaluer la portée de ces changements à l’aune d’un processus de succession des plus complexes dans le cas saoudien – nonobstant une tentative de simplification apportée par Abdallah en 2006 avec la création du « Conseil d ‘allégeance » susmentionné. En effet, cette « simplification » ne réglait pas totalement le problème du passage de témoin inter-générationnel. On rentre là dans le champ opaque de la « Saoudologie » qui, ceteris paribus, renvoie souvent à ce que fut en son temps la « Kremlinologie », à savoir une méthodologie d’extrapolation à partir d’indices parfois ténus induisant des supputations, à défaut de faire partie du cercle très fermé des decision-makers du régime ou d’être un insider anonyme comme le twitter @mujtlahidd. Ce dernier ne se prive pas en effet de laisser régulièrement filtrer et relayer le contenu confidentiel des nombreuses tensions internes qui s’expriment au sommet du régime, notamment quant au rôle contesté par Khalid Al-Tuwaijri, « directeur de cabinet » du diwan (centre décisionnel du palais royal) et sorte de « grand vizir ». La question prend une acuité toute particulière alors que les appétits divers des près de 200 grands princes de la deuxième génération s’aiguisent dans la perspective d’une succession largement inachevée en dépit des réformes apportées, d’abord par le roi Fahd par la Loi fondamentale du royaume du 1er mars 1992, puis par le roi Abdallah avec la mise en place du « Conseil d’allégeance » de la famille royale susmentionné le 20 octobre 2006. Ces petits-fils du prolifique roi fondateur Ibn Saoud, qualifiés d’Altesses royales (AR), sont donc prétendantes au trône, sur les quelque 4 000 simples Altesses (A) selon le prince Talal b. Abdulaziz Ibn Saoud (83 ans), le 17ème fils du roi fondateur et qui fut officiellement en charge de veiller à la situation financière des membres d’une famille royale le plus souvent oisive. Le prince Talal est le père du milliardaire Walid b. Talal b. Abdulaziz Ibn Saoud à la tête du Kingdom Holding, lequel ne s’est pas privé de critiquer ouvertement la stratégie pétrolière délibérément baissière du royaume avec tous les risques que cela peut comporter en termes de déficit de rentrées financières. Le prince Talal, partisan déclaré d’une monarchie constitutionnelle, avait spectaculairement démissionné du « Conseil d’allégeance » le 16 novembre 2011 pour manifester son désaccord à la nomination alors du très conservateur feu le prince Nayif b. Abdulaziz Ibn Saoud. Il avait de nouveau manifesté sa prise de distance à propos de ce jeu de « chaises-musicales » lorsqu’il avait écrit un tweet en date du 30 avril 2014 dans lequel il précisait qu’il n’avait, en aucune manière, félicité Mouqrin b. Abdulaziz Ibn Saoud quant à sa désignation en tant que nouveau VPH, nonobstant le fait qu’il avait reçu des remerciements à ces supposées félicitations. Une manière de signaler que cette désignation n’avait pas été faite conformément à la règle en vigueur au sein du « Conseil d’allégeance » qu’il fut amené à présider par le passé.

De fait, le régime saoudien se trouvait et se trouve encore sans doute, face à un double défi transitionnel en termes d’horloge biologique autant que politique puisque le nouveau roi Salman a déjà 79 ans et qu’on le dit atteint de la maladie d’Alzeihmer.

Cette impatience de la toute relative « jeune » génération – certains des petit-fils sont déjà peu ou prou plus âgés que le plus jeune des fils encore vivants d’Ibn Saoud, le prince Mouqrin – avait de fait déjà été prise en compte par anticipation lors de l’adoption de la Loi fondamentale du royaume du 1er mars 1992 durant le règne de feu le roi Fahd b. Abdulaziz Ibn Saoud , mort à 84 ans le 1er août 2005. Cette loi décidait en effet de combiner à la fois deux logiques : une logique horizontale par voie « adelphique » (de frère à frère, par ordre d’âge décroissant) mais également par primogéniture, en respectant préalablement l’ordre des aînés de chacune des épouses légitimes, ce qui conduit mécaniquement à une gérontocratie structurelle problématique ; une logique verticale – primogéniture agnatique[3] où les fils du roi pourraient primer sur leurs oncles qui se trouvent être les frères du père. Ainsi s’ouvrait la possibilité de l’accession au trône au « plus capable » – sorte de « syndrome alexandrin »[4] – des impétrants de la deuxième génération « conformément aux principes du Coran et du prophète », et de manière secondaire, aux postes stratégiques sécuritaires et/ou financiers. Le critère dirimant pour accéder au trône demeurait néanmoins toujours aussi obscur : il pourrait tout aussi bien relever du charaf (« honneur ») que du ilm (« science »), ou encore du hasad (« mérite »), voire de la barakah (« protection » ou « bénédiction »), laquelle se manifesterait, par exemple, par la survie une tentative d’attentat (à l’instar du prince Muhammed b. Nayif miraculeusement épargné le 27 août 2009 par un attentat-kamikaze en pleine trêve du ramadan, vient justement d’être nommé VPH). Toujours est-il que ce changement de génération représente un saut dans l’inconnu pour ahl al-bayt (« la famille de la maison ») Al Saoud, noyau patriarcal à l’origine de la pléthorique descendance princière, dans la mesure où plusieurs hamula (« clans ») se disputent allègrement la prééminence successorale au sens large. Dans cette lutte souterraine, une logique implicite de filiation matrilinéaire (via les multiples et nombreuses épouses) joue – non sans paradoxe dans une société fondée théoriquement sur le primat du nasab[5] agnatique de la structure patriarcale – un rôle majeur dans les solidarités qui prennent une forme de type « clanique » entre « frères » enfantés par une même mère. C’est ainsi que se distinguent aujourd’hui un certain nombre de « clans » dont l’un des principaux fut surnommé le « clan des sept » ou les « Sept S », à savoir celui des sept fils nés de la même mère, en l’occurrence la princesse Hassa b. Ahmad al-Soudayri – la 6ème épouse du roi fondateur et la préférée de la vingtaine de ses femmes officielles. Cette princesse, issue d’une influente famille de la tribu Dawasir (présente au Sud de la province du Nedj qui constitue le cœur géopolitique du royaume saoudien) leur a appris dès leur plus jeune âge qu’ils devaient faire front ensemble, sous peine de se voir évincés par les autres fils du patriarche Abdulaziz Ibn Saoud. Les sept Chakik (« frères germains ») n’ont jamais oublié la leçon et ont toujours su faire preuve d’une solidarité sans faille lorsqu’ils sentaient leurs intérêts menacés. Ce « clan des sept » a donné un roi, Fahd b. Abdulaziz Ibn Saoud, le premier Soudayri à être monté sur le trône et qui sera peut-être d’ailleurs le seul compte tenu de l’âge avancé de ses frères, dont pas moins de trois sont devenus PH : il s’agit du prince Sultan b. Abdulaziz Ibn Saoud d’abord, après avoir été ministre de la Défense durant près de 50 ans ; puis du prince Nayef b. Abdulaziz Ibn Saoud, après avoir été l’inamovible ministre de l’Intérieur pendant presque 40 ans ; et encore du prince Salman b. Abdulaziz Ibn Saoud, après avoir été le puissant gouverneur de Riyad près de 60 ans et, par ailleurs aujourd’hui, actuel vice-premier ministre en même temps que ministre de la Défense depuis novembre 2011. Leur frère Turki b. Abdulaziz Ibn Saoud (71 ans), fut pour sa part vice-commandant de la « Garde nationale » ainsi que vice-ministre de la Défense aux côtés de feu le prince Sultan durant près d’une décennie. Un autre frère, Ahmad b. Abdulaziz Ibn Saoud (72 ans) fut, quant à lui, vice-ministre de l’Intérieur aux côtés du prince Nayif durant près de 40 ans. Enfin, Abdul-Rahman b. Abdulaziz Ibn Saoud, actuel doyen de la fratrie (83 ans), homme d’affaires important, politiquement plus en retrait que ses autres frères, fut tout de même vice-ministre de la Défense aux côtés de feu le prince Sultan plus d’une trentaine d’années.

Ce « clan des sept » initial s’est trouvé prolongé en « sous-clans » agnatiques avec les fils de chacun des « Sept S » tous dotés de solides prétentions en dépit de positions respectives parfois inégales. C’est là que l’on retrouve certains des plus sérieux prétendants au trône de la deuxième génération. Un « sous-clan » Bin Sultan est constitué, selon la pratique polygamique en vigueur, de fils nés de plusieurs épouses : c’est notamment le prince Bandar b. Sultan (65 ans), le plus « américanisé » des princes de la deuxième génération pour avoir été ambassadeur à Washington durant plus de 20 ans (1983-2005) au point d’avoir été surnommé « Bandar Bush » pour ses liens avec la famille éponyme. Après avoir connu une brève et toute relative « traversée du désert » lors de son retour dans le royaume, il était tout de même parvenu à se réinstaller dans la configuration du pouvoir saoudien en étant d’abord nommé chef du Conseil de Sécurité national en 2005, puis chef du General Intelligence Directorate (GID) c’est-à-dire les services de renseignements du royaume le 19 juillet 2012… jusqu’à son retrait sur décision royale le 15 avril 2014. S’il peut éventuellement être un « faiseurs de rois » dans le cadre d’une succession mouvementée, il ne pourra vraisemblablement jamais prétendre lui-même au trône du fait d’un pedigree jugé rédhibitoire par ses demi-frères. Il est en effet le fils d’une certaine Khirazan, une esclave noire de 16 ans, d’origine soudanaise, dite Umm Bandar – littéralement « mère de » -, avec laquelle le Prince Sultan avait entretenu une liaison aussi passagère que passionnée. L’islam ne reconnaît pas la notion d’enfant « bâtard », mais n’exige pas pour autant que le père traite tous ses enfants de la même façon. Le jeune Bandar fut par la suite délaissé par son père au point que feu le roi Fayçal – 3ème roi qui régna durant une décennie (novembre 1964-mars 1975) et demi-frère prince Sultan -, s’en émut et fit même des remontrances à celui qui était déjà ministre de la Défense. C’est Fayçal qui avait finalement contraint ce dernier à reconnaître l’enfant lorsque celui-ci eut atteint l’âge de treize ans, et à en faire ainsi une « Altesse royale », donc un prétendant putatif au trône. Par la suite, Fayçal lui donna même en mariage une de ses filles, la princesse Hayfa b. Fayçal [Al Fayçal] b. Abdulaziz Ibn Saoud plus connue sous le nom de Hayfa Al Fayçal, celle-là même qui s’est retrouvée accusée, en novembre 2002, d’avoir malencontreusement versé d’importantes sommes d’argent à un ressortissant saoudien indirectement lié à deux des terroristes du 11 septembre 2001. Par ce mariage, le prince Bandar se trouve ainsi indirectement rattaché au « clan » Al Fayçal. Ce « clan » est composé de huit frères engendrés par leur père le roi Fayçal, dont deux princes se distinguent : le prince Saoud b. Fayçal [Al Fayçal] b. Abdulaziz Ibn Saoud (74 ans), inamovible ministre des Affaires étrangères saoudiennes depuis près de 40 ans ainsi que son « frère germain » Turki b. Fayçal [Al Fayçal] b. Abdulaziz Ibn Saoud, omnipotent chef du GID durant près de 25 ans jusqu’à son limogeage de son poste par le roi Fahd le 31 août 2001, soit à peine un mois avant les attentats du 11 septembre. Tous deux sont considérés comme très proches du « clan » Soudayri et tout particulièrement du nouveau roi Salman b. Abdulaziz Ibn Saoud qui fut un des promoteurs du djihad anti-soviétique en Afghanistan via sa supervision du fameux Makhtab al-Khidamat connu sous l’acronyme MAK (« Bureau des services ») par où était passé un certain Oussama b. Laden.

Le prince Bandar a pu compter un temps sur la solidarité « agnatique » soudayrie de son demi-frère Salman b. Sultan (37 ans) devenu, le 7 août 2013, vice-ministre de la Défense sous la tutelle de son oncle, Salman, celui qui était alors PH en même temps que ministre de la Défense en titre. Cela permettait – après le limogeage surprise par le roi Abdallah le 20 avril 2013 d’un autre fils du prince Sultan, le prince Khalid b. Sultan b. Abdulaziz Ibn Saoud de faire revenir le ministère de la Défense dans le giron du lignage Soudayri, et tout particulièrement du « sous-clan » B. Sultan. Celui-ci l’a toujours considéré comme son monopole, compte tenu du caractère stratégique du poste, peut-être moins en termes de sécurité nationale d’ailleurs qu’en termes d’avantages financiers générés par les rétro-commissions inhérentes à la signature régulière de contrats d’armements, à l’image du contrat al-Yamamah (« La Colombe » en arabe) signé en 1985 et qui a défrayé la chronique en 2007 avec des révélations sur les colossales rétro-commissions de plusieurs centaines de millions de dollars dont le prince Bandar avait été partie prenante. Dans ce nouveau « jeu de chaises musicales », Salman b. Sultan avait été limogé de son poste par décret royal en date du 14 mai 2014 au profit du prince Khalid b. Bandar b. Abdulaziz Ibn Saoud (63 ans) et l’un des petit-fils du roi fondateur. Ce dernier était considéré généralement comme un « homme du roi [Abdallah] » et était d’ailleurs jusque-là gouverneur du Riyad. A peine 45 jours après sa désignation à ce poste de vice-ministre de la Défense, Khalid b. Bandar b. Abdulaziz Ibn Saoud avait été nommé officiellement par décret royal en date du 30 juin 2014 nouveau chef des services de renseignements. S’il ne s’agissait pas d’un limogeage à proprement parler puisque le poste de chef des services de renseignements est tout sauf un lot de consolation, son remplacement au poste de vice-ministre de la Défense aurait, semble-t-il, été demandé par le PH d’alors, Salman b. Abdulaziz Ibn Saoud, également ministre de la Défense en titre. Signe intéressant, le décret n’avait alors pas annoncé un successeur au prince Khalid b. Bandar. Une manière peut-être de dégager le terrain dans la perspective de la succession pour l’attribution anticipée de ce poste au propre fils de Salman, Muhammad b. Salman, déjà « conseiller spécial » de son père depuis juin 2012, avec rang de ministre depuis un décret du 2 mars 2013, et devenu ministre de plein titre le 25 avril 2014. Une fois roi, Salman l’a d’ailleurs immédiatement nommé nouveau ministre de la Défense.

En contrepoint du « sous-clan » B. Sultan en voie d’affaiblissement relatif puisqu’il conservait tout de même son poste de secrétaire général du Conseil de sécurité national saoudien et qu’il était depuis le 30 juin 2014 conseiller et émissaire spécial (notamment sur l’Irak mais plus officiellement de la Syrie semble-t-il), un autre « sous-clan » entendait bien faire perdurer les intérêts du clan Soudayri en faisant valoir son incontournable expertise dans la lutte contre une menace terroriste accrue du fait de la pression que fait monter l’EIIL sur les frontières du royaume depuis l’Irak voisin : c’est le « sous-clan » B. Nayif, issu de feu le PH Nayef et représenté par l’actuel ministre de l’Intérieur, Muhammad b. Nayif (dit MBN). Le roi Abdallah l’avait officiellement nommé à ce poste le 5 novembre 2012. Le fils de l’ancien PH était demeuré jusque-là vice-ministre de l’Intérieur chargé de la sécurité. Il avait ainsi remplacé son oncle Soudayri, le prince Ahmad b. Abdulaziz Ibn Saoud, lequel aurait quitté son poste « à sa demande » selon la formule consacrée en usage au palais après avoir été ministre en titre à peine un an (entre juin et novembre 2012). Muhammad b. Nayif (55 ans), l’homme fort du ministère de l’Intérieur, était de facto ministre de l’Intérieur depuis plusieurs années où il officiait auprès de son père. Il fait partie des « princes de sang » (qualifiées d’Altesses Royales) de la 2ème génération, celle des petits-fils du roi fondateur Abdulaziz Ibn Saoud, et accédait de cette manière à une position de premier plan dans la perspective de la succession qui se profilait. Muhammad b. Nayif est de fait devenu une personnalité-clé du système saoudien. Il apparaît comme incontournable dans le cadre du jeu politique interne et dans celui de l’action globale contre le terrorisme. Les budgets de son ministère sont de plus en plus conséquents, et ses programmes, jugés toujours stratégiques, sont de fait rarement contestés. A ce titre, il est devenu un interlocuteur privilégié des gouvernements occidentaux en générale et américain en particulier ainsi que des industriels de la Défense et de la Sécurité, notamment pour le contrat MIKSA portant sur le système de surveillance des frontières du royaume. Celui qui fait figure de « Monsieur sécurité » du royaume, confirmé dans sa fonction alors que son cousin le prince Khalid b. Sultan était brutalement évincé de son poste de vice-ministre de la Défense, était déjà perçu comme une personnalité centrale dans le système saoudien par les Américains. Ces derniers lui avaient réservé un accueil quasi  « royal » lors de ses visites à la Maison-Blanche, au State Department et au National Security Council. Son assise lui avait permis de favoriser ses « frères germains » comme Saoud b. Nayif nommé, le 14 janvier 2013, gouverneur de la province orientale – jugée ultra-sensible dans la mesure où il s’agit de la province pétrolière du royaume mais aussi celle où se trouve la minorité chiite – en remplacement de Muhammad b. Fahd, gouverneur de cette province orientale depuis 1985 et représentant controversé d’un « sous-clan » Fahd en voie d’affaiblissement. Muhammad b. Fahd est ainsi surnommé Mad Spender (« le flambeur ») pour sa propension à dilapider des fortunes au jeu dans les casinos et s’est vu attribuer le sobriquet de « Bulldozer » pour son comportement de prédateur sans scrupules dans le monde des affaires. Le fils du roi Fahd, haï par les populations chiites locales pour sa brutalité, était en outre stigmatisé pour sa corruption outrancière. Le fait est que le nouveau titulaire du poste de la province orientale, Saoud b. Nayif, a incontestablement bénéficié du soutien de son puissant frère qui, en tant que ministre de l’Intérieur, a dans ses attributions le contrôle des activités des gouverneurs de province. La disgrâce de Muhammad b. Fahd semblait par ailleurs confirmer le fait que les fils des anciens rois perdent souvent en faveur au décès de leur père, ce qui ne pouvait manquer d’inquiéter feu le roi Abdallah pour sa propre progéniture. Cela avait déjà été le cas des fils des rois précédents comme ceux de feu le roi Saoud (entre 1953 et 1964), même si cette donnée demeure à relativiser avec les fils du roi Fayçal qui ont exercé d’importantes responsabilités longtemps après la disparition de leur père. Il n’en reste pas moins que le poids du « clan » Fayçal tend à diminuer avec l’effacement relatif du prince Turki b. Fayçal b. Abdulaziz Ibn Saoud, qui avait très brièvement succédé au prince Bandar b. Sultan b. Abdulaziz Ibn Saoud en tant qu’ambassadeur à Washington (entre 2005 et 2007), ainsi qu’avec le retrait « programmé » de Saud b. Fayçal b. Abdulaziz Ibn Saoud de son poste de ministre des Affaires étrangères saoudiennes, lequel serait dit sur le départ « à sa propre demande », sans doute pour raisons de santé. L’un des fils de feu le roi Abdallah, Abdulaziz b. Abdallah b. Abdulaziz, vice-ministre des Affaires étrangères en même temps que conseiller spécial de son père au palais, était du vivant de son père pressenti pour succéder à terme à Saud Al Fayçal et empêcher ainsi le prince Turki al Fayçal de viser le poste en cas de départ de son frère Saud. Selon le site en ligne rai-al-youm.com du journaliste palestinien Abdel Bari Atwan, ce départ aurait été planifié depuis longtemps mais Fayçal l’aurait retardé faute de « personne qualifiée pour le remplacer ». La rumeur d’un départ plus ou moins imminent depuis l’avènement du nouveau roi Salman devient insistante. Ce serait en tout cas une page qui se fermerait et qui hypothèquerait partiellement les prétentions éventuelles du « clan » Al Fayçal dans la transition en cours. Depuis l’accession au trône du nouveau roi Salman, c’est désormais un fils de Salman, Sultan b. Salman qui pourrait bénéficier du poste de Ministre des Affaires étrangères.

Cette logique apparente d’affaiblissement du lignage agnatique du roi défunt était certainement l’une des principales préoccupations du roi Abdallah de son vivant, lequel roi Abdallah ne disposait pas d’un « clan » puisqu’il n’avait pas de Chakik (« frères germains ») mais seulement des demi-frères ou « frères consanguins » avec lesquels il est en rivalité permanente. Il n’a eu qu’un « frère utérin », c’est-à-dire de la même mère mais d’un père différent (Akh minal Oum). En effet, Abdallah est le fils de Fahda b. Assi Al Churaym[6], issue d’une branche de la grande confédération tribale Shammar dont l’aire s’étend de l’Arabie septentrionale à la Djézireh syrienne et à la haute Mésopotamie. Le roi fondateur l’avait prise comme 121ème épouse dans le cadre d’une stratégie matrimoniale destinée à asseoir son pouvoir en s’alliant à la dynastie Rachidite du Haïl vaincue en 1921 par le futur Ibn Saoud. Cette donnée tribale est encore loin d’être négligeable lorsque l’on sait que l’ancien chef de la Coalition nationale syrienne, principale représentante de l’opposition au régime syrien, Ahmed Assi Jarba, se trouve être un cousin éloigné du roi Abdallah, également d’ascendance shammar. Mais cette ascendance shammar d’Abdallah, que les hasards de l’ordre de préséance ont fait roi, n’a jamais véritablement été du goût de nombre d’autres princes qui revendiquent une affiliation tribale différente qui se veut une branche du Nedj oriental de la confédération tribale Anazeh, même si l’origine de la famille Al Saoud serait plutôt rattachée à la tribu cousine des Banu Hanifa (cœur du Nedj). Or la tradition orale épique témoigne de la rivalité atavique entre Shammar et Anazeh. Cela signifie que la position du roi Abdallah, ou plutôt de sa descendance, était loin d’être assurée en interne dans la perspective de la succession qui se profilait. C’est la raison pour laquelle il avait voulu pousser prioritairement le prince Mitab b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud (62 ans), – un des princes les plus âgés parmi ceux de la deuxième génération susceptibles de prétendre au trône – qui avait été promu chef d’al Hars al Watani (« Garde nationale ») que son père avait lui-même dirigée durant plus de 40 ans, non sans avoir eu à se battre pour se maintenir à cette fonction prestigieuse que convoitaient avidement ses demi-frères du « clan des sept ». La « Garde nationale » également appelée « garde royale » fait figure de garde prétorienne du régime saoudien et elle ne dépend en réalité que de son chef, aujourd’hui le prince Mitab. La principale caserne se trouve dans le Qassim, au cœur du Najd où elle recrute la plupart de ses membres largement selon leur affiliation tribale (Otaybah, Qhatan). En principe, cette « Garde nationale » est d’une loyauté à toute épreuve et incarne les valeurs bédouines et wahhabites des origines de l’Etat saoudien via la bay‘a, l’allégeance personnelle au souverain, tout en étant par ailleurs Cheikh al Macchayyikh. (« chef suprême de l’armée »). Mais c’est aussi de là que peuvent surgir certains problèmes, comme lors de la prise de la Mosquée de La Mecque en novembre 1979 par des insurgés millénaristes[7]. Abdallah qui la dirigeait depuis 1963 avait dû rentrer précipitamment du Maroc où il se trouvait alors et s’était empressé de souligner que les unités de la « Garde nationale » principalement issues des tribus Utayba et Qahtani s’étaient valeureusement illustrées durant les combats qui avaient permis l’établissement du pouvoir dynastique saoudien. Une manière habile de renforcer l’anomalie représentée par le fait les chefs des insurgés étaient précisément issus de ces deux tribus. Le retour précipité du Prince Abdallah était à l’époque amplement justifié par la nécessaire reprise en main de la « Garde nationale » dont ces tribus constituent la base de recrutement et qui avaient autrefois fourni les contingents les plus importants des fameux Ikhwans (« frères » qui étaient en fait milices armées islamiques) créés par Ibn Saoud pour construire son royaume une soixantaine d’années auparavant. La force d’Abdallah résidait dans le fait qu’il avait toujours eu pour lui de bénéficier à la fois du respect des milieux religieux wahhabites et de celui des tribus bédouines du Nedj dont il n’est pourtant pas directement issu mais dont il se sent proche. C’est sans doute ce qui lui avait permis d’assurer sa main-mise sur la « Garde nationale » au détriment de ses demi-frères rivaux et d’en transmettre la direction aujourd’hui à son fils. Deux précautions valant mieux qu’une, Abdallah avait néanmoins décidé de faire de son fils, Mitab b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, un ministre de plein exercice par décret royal en date du 28 mai 2013 pour légitimer davantage sa fonction de chef de la « garde nationale » dans la perspective d’une succession qui s’annonçait pour le moins ardue. La position de Mitab se trouvait d’ailleurs renforcée par la nomination par décret royal du 14 mai 2014 de son frère le prince Turki b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, au poste de gouverneur de Riyad, fonction éminente traditionnellement considérée comme un tremplin pour se positionner favorablement dans le jeu subtil de la succession saoudienne. Salman b. Abdulaziz Ibn Saoud l’avait été durant de longues années (entre 1963 et 2011), avant que son Chakik (« frère germain ») Sattam b. Abdulaziz Ibn Saoud lui succédât, le 5 novembre 2011, jusqu’à sa mort le 12 février 2013 à 72 ans. Ce dernier avait alors été brièvement remplacé par Khalid b. Bandar qui avait rapidement été contraint de laisser cette place tant convoitée à Turki b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, alors même qu’un autre des fils du roi, Mishaal b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, était déjà détenteur du poste, également très stratégique, de Gouverneur de La Mecque.

Les choses paraissaient donc bien engagées pour la descendance d’Abdallah b. Abdulaziz Ibn Saoud. Mais rien n’y a fait et la logique d’affaiblissement du lignage agnatique du roi défunt s’est une nouvelle fois vérifiée avec les nominations effectuées, le 29 janvier 2015, par le nouveau roi Salman. Si le prince Mouqrin b. Abdulaziz Ibn Saoud a bien été immédiatement nommé nouveau PH – et simultanément 1er vice-Premier-ministre aux côtés du souverain automatiquement Premier ministre – conformément aux vœux de feu le roi Abdallah, il n’en a pas été de même pour d’autres nominations. Deux fils de feu le roi Abdallah ont été relevés de leur fonction : il s’agit du prince Mishaal b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, qui détenait le poste de Gouverneur de La Mecque depuis le 22 décembre 2013 et du prince Turki b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud qui venait d’obtenir le poste de gouverneur de Riyad le 14 mai 2014. La nomination du prince Turki b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, un jeune quadragénaire de 44 ans, à la tête de la capitale saoudienne qui bénéficie d’un budget de plusieurs milliards de dollars, n’avait pas manqué de susciter quelques remous au sein de la famille royale, notamment de la part de Salman qui fut lui-même longtemps gouverneur de Riyad. A ce poste sensible, le nouveau roi Salman a nommé le prince Fayçal b. Bandar Al Saoud. Quant au poste de gouverneur de La Mecque, il l’a réattribué au prince Khalid b. Fayçal [Al Fayçal] b. Abdulaziz Ibn Saoud qui en avait été congédié deux ans auparavant.

Les dernières nominations marquent a contrario le retour en force du clan Soudayri et des « sous-clans » qui en dérivent, à l’exception notable du « sous-clan » Bin Sultan puisque le prince Bandar a été également limogé de son poste de secrétaire du Conseil de sécurité nationale saoudien. De même pour le prince Khalid b. Bandar b. Abdulaziz Ibn Saoud, un proche du roi Abdallah, à qui a été retirée la direction des services de renseignements saoudiens au profit d’un des proches du nouveau roi Salman, le général Khalid bin Ali al-Humaïdan,

Le prince Muhammad b. Nayef, représentant incontournable du « sous-clan » Bin Nayef, a en revanche été, immédiatement après la mort de feu Abdallah, nommé VPH en même temps que 2ème vice-Premier ministre, ce qui signifie qu’il est le premier petit-fils d’Ibn Saoud à prendre place dans la lignée de succession. Mieux, le 27 janvier 2015, il a en outre été promu à la tête d’un super-conseil de sécurité nationale saoudien renommé « Conseil pour les affaires politiques et sécuritaires » comprenant neuf membres, une création ad hoc chapeautant plusieurs institutions sécuritaires dont la « garde nationale » commandée par Mitab b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud, le fils du roi Abdallah. Mais surtout le roi Salman a nommé son propre fils Muhammad b. Salman b. Abdulaziz Ibn Saoud, au poste de ministre de la Défense, ce qui est une manière de marquer que le ministère de la Défense doit demeurer l’apanage du lignage Soudayri, et en l’occurrence du « sous-clan » Bin Salman. En contrepoint, force est de constater l’absence du prince Mitab dans la recomposition du pouvoir en cours.

La rapidité de ces nominations a suscité l’étonnement des Saoudiens, plutôt habitués à assister à des mois de tractations après le décès de leurs monarques. Cela signifie sans doute que les choses avaient été préparées en amont sur fond de maladie de l’ancien souverain. Il se dit même que Khalid al-Tuwaijri, l’ancien « grand vizir » du roi Abdallah – qui aurait été limogé en raison des divergences profondes avec certains grands princes début octobre 2014 au profit d’Ahmad b. Abdulaziz Ibn Saoud, le cadet des Soudayri, et d’un petit-fils d’Ibn Saoud, Abdulaziz b. Sitam b. Abdulaziz Ibn Saoud, respectivement nommés directeur et directeur adjoint de son cabinet royal – aurait été arrêté à la frontière saoudienne alors qu’il tentait de quitter le pays. Il aurait été « transféré dans un endroit inconnu », selon le twitter anonyme @mujtahidd, réputé pour ses révélations sur les intrigues de la cour saoudienne.

Selon le site Asrar Arabiya (Arab Secrets), Khalid Al-Tuwaijri aurait payé le prix d’un supposé complot dont il aurait été l’initiateur, complot fomenté pour hypothéquer la succession pressentie de celui qui n’était encore que le PH Salman. La création en mars 2014 d’un poste de VPH au profit du prince Mouqrin b. Abdulaziz Ibn Saoud aurait constitué un des éléments de cette stratégie qui aurait été élaborée en concertation étroite avec le fils du roi Abdallah, le prince Mitab b. Abdullah b. Abdulaziz Ibn Saoud. Cela se serait traduit, au moment de l’hospitalisation du roi Abdallah, par une « médiatisation » au sens strict, via un reportage des actualités de la chaine de télévision satellite égyptienne ONTV, laissant accréditer l’idée de la nécessité de former une commission médicale destinée à statuer sur l’état de santé – supposé défaillant – du prince Salman, afin de le dessaisir de son titre de PH au profit du prince Mouqrin. Le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi, qui devait beaucoup au roi Abdallah puisque ce dernier l’avait aidé à renverser le président Mohammed Morsi le 3 juillet 2013, aurait même été partie prenante de la manipulation. Cela explique en tout cas sans doute la rapidité du limogeage de Khalid Al-Tuwaijri, l’ancien maître d’œuvre tout puissant de la cour sous le règne du roi Abdallah.

Un signe de plus des bouleversements en cours sur l’échiquier du pouvoir saoudien à la faveur de la transition successorale.

 

Notes :

[1] « b. » dans le texte correspond à bin (« celui qui est le fils de ») ou à bint (« celle qui est la fille de »).

[2] Ibn Saoud est le nom sous lequel est connu, en Occident, le roi fondateur de l’actuel royaume d’Arabie saoudite, en référence à l’ancêtre éponyme du XVIIIème siècle, un certain Muhammad Ier b. Saoud b. Mouqrin Al Saoud

[3] La filiation agnatique se fait par les mâles généralement de père en fils.

[4] Sur son lit de mort, Alexandre le Grand, pressé par ses généraux de décider qui devrait lui succéder, aurait dans un dernier souffle laissé entendre que cela devait être « le plus capable de tous ».

[5] Le nasab est le vocable arabe désignant précisément la filiation en ligne masculine directe caractérisant les représentations arabes de la parenté.

[6] Il se trouve, en effet, que Fahda b. Assi Al Churaym avait préalablement été mariée à celui qui avait été le deuxième et avant-dernier émir du Haïl, un certain Saoud b. Abdelaziz b. Mutaïb Al Rachid – lequel devait être assassiné par son propre cousin, Abdallah b. Moutaïb Al Rachid, dernier émir du Haïl – et dont elle avait précisément eu un premier fils avant Abdallah, en l’occurrence un certain Mishaal b. Saoud Al Rachid (1913-1931)

[7] Le 20 novembre 1979, un groupe de plusieurs centaines de fondamentalistes islamistes, contestant la légitimité du pouvoir de la dynastie saoudienne stigmatisée comme corrompue, s’empara manu militari de la mosquée Al-Masjid al-Haram à La Mecque et prit en otages les pèlerins qui s’y trouvaient pour le hajj. Leur chef Jouhayman b. Muhammad b. Saïf al-Utaïbi – qui avait été membre de la « garde nationale » – proclama le retour du Mahdi venu établir le règne de la justice sur terre en désignant Muhammad b. Abdallah al-Qahtani à ses côtés. Une fois passé le moment de stupeur, le pouvoir saoudien décida de reprendre par la force la Grande mosquée et elle alla jusqu’à solliciter les compétences opérationnelles du GIGN français pour y parvenir. Dans la soiré »e du 4 décembre, soiot tout de même deux semaines après le début du siège, les forces françaises et saoudiennes reprirent le contrôle du lieu saint, après une bataille qui fit selon le bilan officiel 304 morts (177 terroristes et 127 membres des forces de sécurité), parmi lesquels l’autoproclamé Mahdi Muhammad b. Abdallah Al Qahtani, et quelque 600 blessés. Les récits de l’assaut divergent considérablement, même entre les différents rapports officiels. Quant à Jouhayman b. Muhammad b. Saïf al-Utaïbi Utaybi lui et 62 autres prisonniers furent décapités dans différentes villes d’Arabie saoudite le 9 janvier 1980 afin que cela ait valeur de dissuasion pour toute velléité de révolte contre la dynastie régnante.

 

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