Par Sébastien Boussois, chercheur à l’ULB

En contact seulement sur le monde par deux points d’entrées strictement contrôlés par Israël, le poste d’Erez vers l’Etat hébreu et Rafah côté égyptien, Gaza est un territoire retranché et paupérisé depuis le blocus décrété par Israël en 2007.

Deux ans à peine après le retrait israélien, la décision de Tel-Aviv fit suite à la prise du pouvoir violente par le Hamas de la bande de Gaza. Depuis, Israël a resserré l’étau réduisant le nombre de camions de vivres de 12350 par mois avant le blocus, à environ 4000 en 2010. Depuis, Gaza poursuit les records en tout genre : 40% de taux de chômage, 80% de la population en dessous du seuil de pauvreté vivant avec moins de 2 dollars par jour[1]. Même si des camions entrent à Gaza chaque jour contrairement aux idées reçues[2], la pauvreté et l’enfermement du territoire continuent d’être un outil de pression et de manipulation politique de part et d’autres de la frontière, exploité par le Hamas comme par les Israéliens. Beaucoup d’ONG occidentales étaient présentes jusqu’en 2005 à Gaza, un certain nombre est resté après, mais le Hamas leur mène la vie dure. L’OMS parle aujourd’hui de près de 200 ONG qui auraient plié bagages depuis 2007[3].

Les Gazaouis n’ont toujours pas le droit d’exporter leurs biens, ni de pêcher au-delà des 5 km de mer, ce qui leur permettrait déjà largement de survivre. En attendant, on leur interdit l’importation de produits aussi inoffensifs pour la sécurité d’Israël que: la coriandre, le papier A4, le cumin, la viande fraîche, les fruits secs, les chèvres ou …les poussins. Ces mêmes ONG dénoncent le blocus terrestre qu’elles jugent clairement illégal. A partir du moment où il est décrété unilatéralement par Israël pour un motif de légitime défense, il devrait alors au moins respecter les règles élémentaires du droit international humanitaire. Ce qui n’est pas le cas selon elles[4]. En effet, un blocus doit servir à contraindre un gouvernement à ne pas s’armer ou se réarmer pour attaquer, et non punir une population : c’est le contenu de l’article 33 de la 4ème Convention de Genève qui dénonce toute sanction collective. Cela n’empêche pas l’approvisionnement de Gaza en marchandises, mais 4 fois moins important qu’avant le blocus.  L’affaire de la flottille de Gaza qui a tenté de briser le blocus en mai 2010 complexifie les données et révèle les impuissances du droit. Les Nations unies, via le rapport Palmer[5], reconnaissent que le blocus naval par la marine israélienne n’est pas illégal et que pour des raisons de sécurité  la marine israélienne pouvait accoster le Mavi Marmara dans les eaux internationales. Ce qui constitue pour les légalistes un acte de piraterie et va à l’encontre de l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui l’autorise seulement en cas de légitime défense. Or, Israël ne semblait pas menacé par l’opération[6].

L’implication ambiguë de la communauté internationale achève de semer le trouble, soutenant d’un côté l’action humanitaire, ne faisant pas respecter le droit international de l’autre. La situation à Gaza est désormais a regarder au prisme de la transformation régionale majeure qui s’opère: victoire des Frères musulmans en Egypte (qui assurent ne pas vouloir remettre en cause le traité de paix avec Israël tout en affirmant vouloir améliorer la circulation au poste de Rafah[7]), déstabilisation du Hamas qui pourrait perdre les prochaines élections législatives face à des Palestiniens à bout, évolution des rapports entre Turquie et Israël qui deviennent abrasifs. Gaza et sa population risquent bien de faire encore longtemps les frais des failles du droit international et de la realpolitik. En attendant, le cycle attaques-représailles reprenait à Gaza mi-mars faisant des dizaines de morts, les bombardements israéliens faisant suite au lancement de nouvelles roquettes du Hamas dans le sud du pays.

Sébastien Boussois


[2] Davantage depuis la libération du soldat Gilad Shalit en octobre 2011.

[3] Rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé consultable à l’adresse http://www.who.int/hac/crises/international/wbgs/gaza_specialized_mission_extendedrep_fr.pdf

[5] Du nom de Geoffrey Palmer, ancien premier Ministre néo-zélandais.

[6] « Dans le cas où un membre des Nations unies est l’objet d’une agression armée », l’attaque en eaux internationales est possible[6].

[7] Compte-rendu d’une visite de parlementaires britanniques à Gaza en 2011 paru dans « Gaza, the realities of international Isolation, » The Coucnil for European Palestinian Relations, 2011.

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