Par Jean-Baptiste BEAUCHARD, doctorant au CECOJI (Centre d’Etudes sur la  Coopération Juridique Internationale) et rattaché à l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire, Paris), secrétaire général du CCMO.

Communication prononcée lors d’un Workshop organisé par l’Institut MEDEA à Bruxelles.

Depuis le mois d’août 2011, la ligue arabe durcit le ton à l’égard du régime syrien en adoptant plusieurs volets de sanctions. Certains pays comme le Qatar, songent même à l’envoi de troupes arabes en Syrie. Ironie de l’histoire, la Syrie fut d’une certaine manière à l’origine de la première force de sécurité arabe au Liban en 1976. Cette présence des casques verts sur le sol libanais s’est vite transformée en une « paix syrienne plus qu’une paix arabe[1] ». Pendant  la guerre civile, la Syrie nouera et dénouera des alliances au gré des rapports de force sur le terrain.

A la fin de la guerre civile, les accords de Taëf vont normaliser la présence syrienne au Liban en contrepartie du soutien syrien lors de la première guerre du Golfe.

Juridiquement, les accords de Taëf entérinaient la présence syrienne au Liban pour une période limitée. Géopolitiquement, cette présence syrienne au Liban s’entendait tant que les Israéliens occupaient le Liban-sud. Il s’agissait d’un « deal implicite » entre les deux puissances occupantes : un contrôle des Israéliens au sud du fleuve Litani et une occupation syrienne au nord.

Mais voilà, le désengagement unilatéral des forces israéliennes en 2000 a bousculé cet équilibre. Les forces syriennes ne faisaient plus figure de contrepoids à l’occupation israélienne du Liban-sud.

En 2004, les tensions se cristallisent autour de la présence syrienne. En effet, la volonté de Damas de proroger, de manière inconstitutionnelle, le mandat du président libanais Emile Lahoud, exacerbe les rivalités entre les pro et anti syriens, menés par Rafic Hariri. Les contorsions politico-juridiques des factions pro-syriennes visant à prolonger la présence syrienne au Liban, vont conduire le Conseil de sécurité des Nations unies à adopter la résolution 1559, en vertu de laquelle, le conseil demande le départ des troupes syriennes du Liban, le désarmement des différentes milices ainsi que la tenue d’élections présidentielles conformes à la constitution libanaise.

L’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005 va déclencher un mouvement populaire qui, couplé aux pressions internationales, va aboutir quelques mois plus tard au retrait des troupes syriennes du Liban.

Depuis 2005, la Syrie n’a jamais accepté le départ forcé de ses troupes. Damas va ainsi tenter d’imposer une tutelle politique sur le voisin libanais. La normalisation des relations diplomatiques par l’ouverture d’ambassades entre les deux États, a largement été fictive puisque les relations ne sont pas devenues bilatérales mais sont demeurées « supranationales ». En effet, le haut-conseil syro-libanais datant de l’occupation syrienne n’a toujours pas été dissous[2]. Les Syriens résistent à l’idée de délimiter définitivement des frontières entre les deux États malgré les appels incessants du président libanais à agir en ce sens depuis 2009. Le dossier des prisonniers politiques libanais dans les geôles syriennes n’a pas non plus progressé. En somme, la Syrie demeure depuis 2005 d’une manière nouvelle, un acteur extérieur omniprésent au Liban et ce, sans avoir normalisé les relations bilatérales entre les deux États.

Toute évolution sur la scène politique libanaise ne pourra se faire sans le consentement de Damas. En ce sens, ce sont les Syriens qui ont permis de trouver une issue aboutissant aux accords de Doha de 2008, dans le but de combler le vide politique libanais. A contrario, l’initiative syro-saoudienne de 2010 visant à maintenir la stabilité politique au Liban, à l’approche de la parution des actes d’accusation du TSL, a échoué parce que Damas n’a pas voulu parvenir à un accord, ce qui n’a pas manqué d’aboutir à la chute du gouvernement de Saad Hariri en janvier 2010. Telle est la capacité d’action de la Syrie au Liban, malgré le départ des troupes syriennes en 2005.

Ainsi, on comprendra aisément que les bouleversements actuels en Syrie ne manquent pas d’impacter le Liban, dont les liens politiques avec Damas restent forts. Les tensions extérieures vont se fixer sur les différends intérieurs libanais, alimentés par l’antagonisme principal : la fracture entre les pro et les anti Syriens, entre le « 8 mars » et « le 14 mars »[3].

Nous étudierons les implications politiques et sécuritaires des bouleversements syriens avec comme hypothèse centrale et paradoxale : une libanisation de la Syrie et d’une certaine manière une « syrianisation » du Liban.

  1. La libanisation de la Syrie : le risque de la parcellisation confessionnelle

Sur le plan régional et international

Alors que la mission d’observation de la ligue arabe a été suspendue ce 27 janvier 2012, aucune clause du plan de sortie de crise n’a été respectée par les autorités syriennes. Ce plan prévoyait l’arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait des chars des villes et la libre circulation des médias étrangers.

Cet échec de la médiation arabe va inéluctablement entraîner une internationalisation du dossier syrien. Ce sont pourtant les Russes qui avaient poussé le régime syrien à accepter la mission de la ligue arabe, justement dans le but d’empêcher, ou du moins de retarder, cette internationalisation du dossier syrien.

Ainsi, la ligue arabe va proposer des modalités de sortie de crise en plaidant pour une transition politique en Syrie[4]. Le projet sera porté devant le CSNU dans les jours suivants. Il deviendra de plus en plus difficile pour les Russes, qui eux-mêmes avaient proposé une transition sur le modèle yéménite[5], de suivre complètement son allié syrien dans la mesure où la ligue arabe semble faire front contre le régime syrien, hormis l’Irak de Nourri Al Maliki et le Liban dirigé par la coalition pro-syrienne du « 8 mars ».

En attendant un éventuel vote du CSNU contre la répression syrienne, certaines sanctions ont déjà été adoptées par la ligue arabe, les USA et l’Union européenne. Ces sanctions visent les compagnies pétrolières, les banques étrangères ayant des liens avec le régime et la vente d’armes. En effet, 5 banques syriennes ont été sanctionnées ainsi que trois compagnies pétrolières. Les avoirs de certaines personnalités du régime ont été gelés en Europe et une interdiction de ventes d’armes a été prise, s’ajoutant à l’interdiction d’importer du pétrole syrien. La conséquence la plus directe des sanctions internationales à l’encontre du régime syrien est monétaire : En mars 2011, le dollar US se négociait à 45 livres syriennes tandis qu’en janvier 2012, il se négocie à 78 livres syriennes. On peut s’interroger sur la pérennité de l’économie syrienne face à cette réalité. Certains diront que l’Iran, elle aussi frappée durement par des sanctions internationales, résiste tant bien que mal. Or la Syrie ne peut être comparée à son voisin iranien car les richesses pétrolifères sont moindres et le poids du tourisme, devenu inexistant, était indispensable à l’économie syrienne, contrairement à l’Iran.

Au-delà du contexte régional et international, la situation syrienne devient de plus en plus complexe sur le terrain, tant les velléités entre le régime et l’opposition s’alimentent l’une de l’autre.

Sur le plan local

 

En Syrie, que ce soit par un attachement idéologique, par intérêt ou encore par le rejet du désordre couplé à la peur de représailles, un certain soutien envers le régime perdure.

Néanmoins, l’argument majeur plaidant en faveur du régime est la peur de l’inconnu. En effet, le régime au pouvoir depuis 1970 a su inculquer la peur du vide auprès des catégories suivantes,  socles du soutien au régime:

– Les Nosayris ou les Alaouites selon l’appellation communément en vigueur depuis le mandat français.

– Les Chrétiens, favorables pour partie à « l’alliances des minorités ».

– Une large partie de la bourgeoisie sunnite des grandes villes

– L’armada de fonctionnaires, des services de sécurité et de leurs familles, dépendants du régime.

Ce soutien est réel, mais les raisons sont biaisées. En réprimant toute opposition depuis des décennies, le régime porte la responsabilité d’une vacuité politique qui a empêché toute alternative, ceci s’ajoutant au système clientéliste mis en place.

Les soulèvements durent maintenant depuis quasiment un an et l’intensification de la répression et de l’insurrection armée ces dernières semaines, risquent de conduire à une polarisation de la société sur une base ethnique et confessionnelle, se rapprochant ainsi de la situation libanaise. Il est dorénavant clair que la domination alaouite fait l’objet d’une franche contestation par la majorité sunnite, entraînant ainsi un renforcement des tensions communautaires. Mais pour le moment, la fragmentation territoriale[6] de la Syrie empêche une révolte généralisée. Comme l’affirme Fabrice Ballanche, « les populations syriennes ont conscience que leurs problèmes intérieurs sont liés à la géopolitique régionale. Le sentiment communautaire déborde des frontières car les minorités du Proche-Orient se sentent menacées dans un monde sunnite qui renforce son unité[7] ». Ce constat est particulièrement juste au Liban et dorénavant en Syrie. Cette crainte, liée à la géopolitique régionale, renforce le projet déjà en cours « d’alliance des minorités » face aux sunnites. Les évènements syriens vont prolonger et renforcer l’alliance libanaise entre les Chrétiens (aounistes du CPL) et les Chiites (Hezbollah, Amal). Sur la scène syrienne, le régime est en train de jouer la « parcellisation confessionnelle » qui fut sa stratégie lors de la guerre civile libanaise. En ce sens, le régime « libanise » actuellement l’espace syrien, en intériorisant un modèle de gestion des conflits qui lui a permis de neutraliser ses ennemis successifs au Liban.

Néanmoins, la Syrie devient le maillon faible de l’axe Iran-Irak-Syrie-Liban dans le monde arabo-perse, c’est donc logiquement sur lui que vont s’exercer les pressions les plus fortes. Celles-ci s’intensifient d’ailleurs en interne. Certains évoquent la préparation d’une partition territoriale avec un plan de repli du clan Al-Assad dans son bastion nosayris[8]. Cette hypothèse semble peu probable tant cette région se retrouve dos à la mer et coincée entre le Liban-nord, profondément hostile aux Syriens alaouites, et le sud de la Turquie, pas moins inhospitalière. De plus, il sera impossible de se replier sereinement dans le Djebel alaouite sans contrôler la percée de Homs et de Hama.

On assisterait  donc, selon notre analyse à une « libanisation » de l’espace conflictuel syrien. Dans une autre mesure, ce constat se double d’une construction inverse dans un Liban en pleine « syrianisation ».

 

  1. La « syrianisation » du Liban : la tentation autoritaire face à la fracture politique.

 

Sur le plan politique

 

Depuis le début des soulèvements révolutionnaires en Syrie, la stratégie du Premier ministre libanais Mikati, consiste à tenir le Liban éloigné des bouleversements syriens, ce, afin de minimiser au maximum les répercussions possibles au Liban.

Cette posture est intenable dans un Liban déchiré entre plusieurs courants. C’est pourquoi le Premier ministre est autant la cible de sa propre majorité, regroupant le CPL d’Aoun et le Hezbollah, que de l’opposition anti-syrienne du « 14 mars ». Le « 8 mars » voudrait que le gouvernement prenne fait et cause en faveur du régime syrien, bien plus que ce n’est le cas actuellement, tandis que l’opposition du « 14 mars » souhaiterait des condamnations plus claires de la part du gouvernement envers le régime syrien.

Il faut rappeler que Liban s’est structuré depuis plus de trois décennies au regard des fluctuations de son voisin syrien. Même en tentant de s’émanciper de cette tutelle, le Liban s’est toujours construit ou déconstruit en fonction de ce voisin dont le poids sur l’échiquier politique libanais demeure prépondérant. Damas a, depuis son retrait militaire en 2005, retrouvé une marge de manœuvre politique totale au Liban avec l’arrivée au pouvoir  de la majorité du « 8 mars » qui lui est favorable.

Ainsi, la perspective éventuelle d’un effondrement du régime syrien créerait là aussi une vacuité politique certaine. La somme des antagonismes libanais (sur la question du TSL, l’armement du Hezbollah, les alliances régionales, la situation au Liban-sud) est polarisée autour du clivage pro/anti syriens. Un effondrement du régime syrien, et même un effritement de celui-ci, impacterait directement les antagonismes précédemment cités.

Les propos du ministre libanais des affaires étrangères, Adnane Mansour, viennent confirmer cette dynamique d’interface entre les bouleversements syriens et la stabilité libanaise. Il a ainsi mis en garde contre « les répercussions politiques sur le Liban » au cas où Beyrouth participerait aux sanctions économiques arabes contre la Syrie. L’ambassadeur syrien au Liban, Abdel Karim, a quant à lui sommé le gouvernement Mikati de choisir son camp et d’opter pour le régime syrien. De la même manière, les autorités syriennes se sont plaintes des positions actuelles en demie teinte du Liban (et de l’Irak) sur le dossier syrien. Ces pressions exercées contre le Premier ministre libanais l’ont conduit à déclarer que le Liban avait interdit l’ouverture de camps de réfugiés syriens au Liban-nord et qu’il ne soutenait pas les revendications de l’opposition syrienne.

Le Premier ministre libanais tente donc de ménager la chèvre et le chou en préservant un éternel statu quo libanais dont la fin semble proche, tant les fragiles équilibres vont être difficiles à maintenir. Les autorités libanaises doivent d’ailleurs en ce sens, faire face à leurs engagements internationaux. Que ce soit sur la délicate question du TSL, facteur de tensions, ou encore sur la sécurité de la Finul, présente au Liban-sud à la demande des autorités libanaises, Mikati va devoir rassurer les puissances du CSNU impliquées dans ces dossiers, au premier rang desquelles, la France. D’ailleurs Mikati doit s’est rendu à Paris début février pour aborder l’ambivalente position libanaise précédemment évoquée et surtout pour traiter les problèmes sécuritaires qui menacent les contingents onusiens et particulièrement français au Liban-sud.

Sur le plan sécuritaire

Si l’impact des soulèvements révolutionnaires syriens au Liban est politique, il est aussi sécuritaire.

À cet égard, le Liban-sud est caractéristique d’une conflictualité d’interface[9]. La dynamique syrienne du conflit intérieur actuel se projette sur l’espace régional et plus particulièrement sur le territoire libanais. En effet, les récents tirs de roquettes à partir du sud[10] tout comme les attaques perpétrées contre les contingents italiens et français de la Finul[11] illustrent la volonté de Damas « d’externaliser » son conflit intérieur. Il est probable que l’attaque dont la Finul a été victime, soit le fait d’éléments palestiniens sous la houlette du régime syrien, comme l’ont affirmé plusieurs officiels français. Or rien ne peut se faire au sud sans que le Hezbollah, au mieux le sache, au pire ne le cautionne.

Depuis le renforcement de la Finul au lendemain de la guerre de 2006, un calme précaire s’était instauré au Liban-sud, tandis que depuis le début de la crise syrienne, les forces onusiennes s’interrogent sur la fragilité du cadre sécuritaire dans lequel elles évoluent dorénavant.

Dans ce contexte menaçant, le Président libanais Michel Sleiman a lui-même déclaré que ces attentats avaient pour but de déstabiliser la Finul et de la contraindre à se retirer.

Depuis le début des évènements syriens, la situation sécuritaire s’est également détériorée au Liban-nord, plus précisément dans la région du Akkar au nord de Tripoli. Durant l’occupation, le régime syrien a toujours été d’une grande méfiance à l’égard des sunnites de cette région qui y sont majoritaires. Pour les pro-syriens, cette zone frontalière, qui conduit directement à Homs et à Hama, constituerait une base arrière pour les combattants de l’Armée Libre de Syrie et serait ainsi un vivier de combattants d’Al-Qaïda, prêts à en découdre avec le régime de Damas. Pourtant, plusieurs Zaïms de la communauté sunnite ne souhaitent pas s’immiscer dans le conflit intérieur syrien, à l’instar de Saad Hariri. De plus, la présence des Forces Armées Libanaises (FAL) a sensiblement augmenté à la frontière. Le régime syrien, qui a pourtant admirablement su jouer de la menace d’infiltration d’éléments salafistes en Irak via sa propre frontière, se plaindrait paradoxalement auprès des autorités libanaises d’une telle infiltration.

Deuxième paradoxe syrien : suite à l’adoption de la résolution 1559 (2005) et depuis le retrait des troupes syriennes du Liban, Beyrouth a sans cesse réclamé une délimitation et un contrôle strict des frontières entre les deux États. Or la Syrie a toujours répugné à appliquer ces mesures. Celles-ci auraient signifié un marquage territorial net entre les deux États, ce que Damas s’est toujours refusé à admettre, puisque le deuil du Liban n’était pas admis. Aujourd’hui, la Syrie se plaint de la porosité de la frontière dont elle est pourtant à l’origine.

Le 17 décembre, 4500 réfugiés syriens se trouvaient sur cette zone selon le Haut Comité aux réfugiés (HCR). C’est cette présence massive de réfugiés qui a conduit les forces syriennes a mener  plusieurs incursions meurtrières en territoire libanais. Face à ces violations manifestes de la souveraineté libanaise, la majorité gouvernementale ne les a pas condamnées, exprimant au mieux sa volonté de limiter l’escalade des tensions, au pire une passivité complice à l’égard de ces exactions.

A Beyrouth, plusieurs enlèvements/disparitions ont eu lieu depuis le début des soulèvements syriens. L’institut libanais des droits de l’Homme en a recensé 13, sans que ce chiffre puisse être confirmé par d’autres ONG. Dernièrement, une tentative d’attentat contre le Général Achraf Rifi, chef des Forces de Sécurité Intérieurs (FSI) aurait été déjoué en plein cœur de Beyrouth. Les FSI, sont largement composées de sunnites, hostiles aux Syriens.

De manière plus large, la scène libanaise va sans nul doute se durcir dans les mois à venir. Le régime servait jusqu’alors de passerelle entre Damas et Téhéran. Sa fragilité actuelle et son probable effondrement ont, par l’entremise du Hezbollah, des conséquences directes sur le Liban. Hassan Nasrallah a pourtant déclaré que les changements en cours en Syrie « n’affecteront pas les approvisionnements en armes du Hezbollah[12] ». On peut interpréter ces déclarations en sens contraire, à l’instar du retrait déjà amorcé des  armes chiites de Syrie[13]. De plus, le Sayed est apparu pour la première fois publiquement depuis l’été 2008, lors des fêtes de l’Achoura le 5 décembre 2011. On peut y lire la volonté du Hezbollah de rassurer et d’affirmer sa présence sur la scène libanaise, malgré les soulèvements qui affaiblissent et menacent son allié syrien.

Toujours par l’entremise du Hezbollah et à cause de la situation syrienne, l’influence iranienne va s’accentuer au Liban, comme en attestent les propos du chef de la brigade des gardiens de la révolution, le Génaral Kassem Suleimani qui a souligné dernièrement « l’emprise de l’Iran sur le Liban-sud et l’Irak[14] ».

 

Pour toutes ces raisons, nous pensons que le Liban vit actuellement une syrianisation, c’est-à-dire l’imposition d’un parti militaro-politique aux affaires qui risque inéluctablement de polariser l’échiquier politique par le prisme syro-iranien.

 

 

Conclusion

 

Face à ces déstabilisations provoquées par les soulèvements syriens, comment va réagir l’alliance des minorités composée du CPL aouniste et du Hezbollah chiite ? A n’en pas douter, le « Parti de Dieu » ressortira affaibli de cette épreuve de force syrienne, malgré une certaine « résilience »[15]. Dès lors, cherchera t-il à accentuer sa « libanisation » faute de marge de manœuvre ? Sera t-il tenté par un coup de force militaire, à l’instar de la prise de contrôle de certains quartiers sunnites de Beyrouth ouest en mai 2008 qui avait causé plus d’une centaine de morts ?

Il est d’ores et déjà certain qu’Israël profitera du probable affaiblissement du Hezbollah pour prendre sa revanche sur « cet État libanais dont une organisation initialement terroriste est devenue partie intégrante[16] ». Ce sera la septième guerre.


[1] FEUER Guy, «  La force arabe de sécurité au Liban », in Annuaire français de droit international, volume 22, 1976, pp. 51-61.

[2] Établi dans le cadre du Traité de fraternité, de coopération et de coordination (FCCT), en 1991, le Haut-Conseil a été créé avec pour mission de superviser et de faire appliquer les traités bilatéraux. Il a notamment mis en place une stratégie de sécurité unifiée, réglementé la distribution de l’eau et défini certaines pratiques commerciales. Du fait de la domination syrienne sur le Liban à l’époque, ces traités ont favorisé les intérêts de Damas.

http://www.courrierinternational.com/article/2009/05/07/une-economie-toujours-sous-domination-syrienne

[3] Cette fracture entre le « 8 » et le « 14 Mars » est apparue au lendemain de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri. Le 14 mars regroupe les Forces libanaises, le courant du futur. Le « 8 mars » regroupe le CPL d’Aoun, le Hezbollah et Amal. Le PSP de walid Joumblatt navigue entre ces deux camps.

[4] Ce plan viserait à transmettre le pouvoir syrien au vice-président actuel dans l’attente d’élections présidentielles à venir et de former un gouvernement d’union national.

[6] BALANCHE Fabrice, « clientélisme, communautarisme et fragmentation territoriale en Syrie », a contrario, 2009/1 n°11, pp. 122-150.

[7] Ubid

[9] Nous définissons la conflictualité d’interface comme un espace géopolitique couvrant plusieurs territoires laissant apparaître des points de contacts entre eux, où les dynamiques conflictuelles internes se projettent à l’extérieur, c’est-à-dire sur l’espace géopolitique. Et inversement, les antagonismes régionaux, plus particulièrement l’antagonisme central, s’insèrent dans la dynamique conflictuelle interne

[10] Le mardi 29 novembre 2011, 4 roquettes ont été tirées à partir du Liban-sud sur la localité israélienne de Netua.

[11] En juillet 2011, les contingents français et italiens sont attaqués près de Saïda. Plusieurs casques bleus sont blessés. L’attentat est attribué à des milices palestiniennes qui agiraient sous ordre de Damas dans le contexte actuel que l’on connaît. Une attaque similaire a eu lieu contre le contingent français le 23 décembre 2011 à Tyr, blessant 5 soldats.

[15] Propos attribués à Didier Leroy, chercheur à l’ULB, Bruxelles.

[16] David HIRST, une histoire du Liban, Perrin, Paris, 2010, pp. 495.

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