Par Sébastien Boussois, chercheur postdoctorant à l’ULB


Il y a des pays dont on a peu parlé dans ce printemps arabe et qui se réveillent lentement. Plus loin des médias internationaux, la Jordanie en fait partie.
Fin janvier, des milliers de Jordaniens ont défilé à Amman après l’appel de l’opposition Frères musulmans-syndicalistes-militants de gauche à protester contre la pauvreté, le chômage et la hausse des prix.

En urgence, le 18 janvier, 170 milliards de dollars ont été débloqués pour enrayer la hausse des prix des produits de première nécessité. Il faut dire que le royaume hachémite ne dispose pas des mêmes ressources ( rente pétrolière) que la Libye ou l’Algérie et qu’il est un pays au lourd déficit budgétaire. De près de 10% du PIB en 2009, la dette publique a été ramenée à 5% depuis au prix d’une politique de rigueur antisociale et la Jordanie reçoit de l’aide des occidentaux pour sortir de la crise. L’Etat avait même émis l’idée de supprimer les subventions sur le pain, base de l’alimentation des Jordaniens, mais abandonna devant la contestation.
Le 7 février dernier, c’est une lettre signée par les 36 chefs bédouins, loin des mouvances religieuses, qui parvenait au roi Abdallah II en signe de ralliement aux manifestants. Piliers du régime, ils demandaient au souverain davantage de réformes pour améliorer au plus vite les conditions de vie de ses sujets. Sans demander l’abdication du Roi, ils s’en étaient même pris au train de vie de la famille royale, une première, et particulièrement à la belle reine des 1001 nuits jordaniennes, Rania d’origine palestinienne et soupçonnée depuis lors de corruption. Décidément, prises pour « abus de faiblesse » la main dans le sac, les femmes « cleptovores » de dirigeants arabes ont la vie dure dans cette Révolution.
Pour tenter de faire taire l’agitation, Abdallah II a finalement écouté la rue qui demandait la démission de Mr Rifaï et nommé le 1er février un nouveau premier ministre, Mr Bakhit, afin qu’il mène de profondes réformes «  soutenant notre action en faveur de la démocratie ». Tout un programme qui ne semble rassurer ni les Jordaniens, et une évolution qui continuerait surtout à inquiéter les Israéliens, pour qui le royaume hachémite est surtout le dernier pays frontalier stable en paix avec eux.
Allié historique dans la région des Etats-Unis, le Roi se rendait fin février outre-atlantique pour chercher du soutien. Mais curieusement pas auprès du président Obama, plutôt même du côté des sénateurs républicains comme l’ex-candidat malheureux John Mc Cain. En qualité de chef des armées, Abdallah Il visitait même des bases militaires US et venait y chercher des conseils en défense dit-on. Sic.


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